lundi 20 août 2012

LES 4 VERTUS CARDINALES


Châtelet-Les Halles fontaine du Palmier

Les 4 vertus cardinales : Justice, Force, Tempérance et chut ! 


Force, Justice, Tempérance et Prudence. Pour vous, amateurs de Tarot de Marseille, ces dénominations ne vous sont pas inconnues... 

En revanche, vous allez me signaler et à juste titre, que « Prudence » n’existe pas dans les cartes dont nous parlons. Enfin, de prime abord, n’est-ce pas… 

Comme à de nombreuses reprises, le Tarot nous joue ici sa fameuse règle du « 3+1 » : 3 visible et 1 invisible ou 3 semblable et 1 différent... 

Mais en attendant de vous en dire plus à ce sujet, je vous propose de lire la définition des vertus cardinales proposée par wikipedia : 

Le christianisme considère que les quatre vertus cardinales jouent un rôle charnière (d’où leur nom de « cardinales », du latin « cardo » : charnière, pivot) dans l’action humaine et parmi les autres vertus. 

La prudence dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance le véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir ; 

La tempérance assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté, procurant l’équilibre dans l’usage des biens ; 

La force, c’est-à-dire le courage, permet dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien, affermissant la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale ; 

La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner moralement à chacun ce qui lui est universellement dû. 

Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui, librement, pratique le bien. 

Ce groupe de quatre vertus fut repris par Socrate puis mis en évidence par Platon, suivi par Aristote et les philosophes stoïciens. 

Dans les œuvres littéraires et les œuvres d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus sont généralement représentées sous les traits de femmes. Les vertus sont représentées avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple : 

pour la prudence : miroir, corne d’abondance, serpent ; 
pour la tempérance : deux récipients avec l’eau passant de l’un à l’autre, balancier d’horloge ; 
pour la force : animal terrassé, massue ; 
pour la justice : glaive, sceptre, balance. 

À la Renaissance, certains ouvrages se sont attachés à normaliser ces attributs ou à les recenser tout en fournissant des explications sur leur origine et leur symbolique. Le plus connu est l’Iconologia (1593) de Cesare Ripa, qui sera suivi de nombreux autres livres d’emblèmes. 

En lisant ce qui précède, il est relativement aisé de reconnaitre les vertus dans les arcanes concernées, même lorsque leurs attributs employés divergent quelque peu. 

Ci-dessous, vous pouvez admirer, dans l’ordre d’apparition à l’écran, les lames du Dodal, les Vertus de l’hotel de ville de La Rochelle, les Vertus du tombeau des Ducs de Bretagne dans la cathédrale de Nantes… 

     
C’est la Prudence du Tombeau dit « de François II » de la Cathédrale de Nantes qui sera la plus à même de nous mettre sur la piste de notre vertu cachée du Tarot de Marseille. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, de l’étroite corrélation entre alchimie et Tarot. 

         

Force                          Justice                         Tempérance

Je vous conseille au passage la visite de l’excellent site « hermetism » pour plus d’informations sur le sujet de l’alchimie et de ses représentations dans l’architecture française. 

En attendant, ne faisons pas durer le suspense plus longtemps et voyons ce que cache la belle Prudence de Nantes sous sa coiffe… 
   

Édifiant, n’est-ce pas? 

Le voici donc démasqué, notre « Prudent » du Tarot ! Prudence, qui est par ailleurs un des principaux mots-clé attribués à cette lame VIIII, ce qui n’est certes pas un hasard. 

Ici, point de miroir ou de serpents, même si certaines éditions récentes du Tarot dit de Marseille n’ont pas hésité à ajouter un de ces reptiles autour du bâton de l’Ermite le transformant ainsi en caducée. 

Pour autant, l’allure singulière de ce noble personnage intrigue. Il semble aller à contre-sens du sens de lecture communément admis comme étant de gauche à droite. Pour ma part, il me plait de penser qu’il avance grâce à son miroir qui, s’il n’est pas ici représenté de manière tangible, est subtilement suggéré par ce mouvement de « conduite au rétroviseur ». 

Fulcanelli, alchimiste, nous indique à propos du miroir dans l’ouvrage « les Demeures philosophales » que : 

« c’est l’ouverture à la Vérité et c’est dans celui-ci que les maîtres voient la nature à découvert car la nature ne se montre jamais d’elle-même au chercheur, mais seulement par l’intermédiaire de ce miroir qui en garde l’image réfléchie. » 

C’est que le miroir n’est pas ici symbole de vanité mais de l’examen de conscience qui doit présider à toute action sage : l’homme prudent doit être capable d’introspection et de réflexion. C’est le principal message dont est porteur ce neuvième « arcane »… 

Pour une vue plus étendue du tombeau, je vous invite à visiter le lien suivant : Fulcanelli et les symboles alchimiques des statues du tombeau de François II à Nantes

On peut noter que Court de Gebelin (1725-1784) attribuait, quant à lui, la vertu de Prudence à la carte du Pendu XII. Pourquoi pas ? Pour ma part, et pour finir sur une boutade, je dirais que si Le Pendu avait été vraiment prudent, il ne se serait peut-être pas retrouvé dans une si inconfortable situation ! 

Plus sérieusement, je ne prétends pas, encore une fois, détenir la « seule Vérité incontestable ». En cela au moins, je me démarque d’auteurs moins « prudents » et me satisfais simplement de partager avec vous quelques pistes de réflexions. 

HISTOIRE DES 4 VERTUES CARDINALES 

Les premiers écrits au sujet des vertus humaines sont l’œuvre des philosophes grecs. Dans « La République », Platon (427-348 avant Jésus-Christ) distingue déjà quatre vertus principales : la sagesse (Livre IV, 428b-429a), le courage (Livre IV, 429a-430c), la tempérance (Livre IV, 430d-432b) et la justice (Livre IV, 432b-444a). 

Platon rapproche la sagesse de la connaissance. Selon lui, être sage c’est être de bon conseil et c’est la connaissance qui permet d’être de bon conseil. Le courage n’est nécessaire qu’aux auxiliaires des chefs d’état qui sont les gardiens et les défenseurs de la cité. La tempérance est partagée par tous les citoyens. Grâce à cette vertu l’homme maîtrise ses passions. L’harmonie entre les citoyens est ainsi favorisée. Platon met au dessus des autres la quatrième vertu : la justice. Elle est en même temps la condition des trois autres mais aussi la plus difficile à trouver. 

Aristote (384-322 avant Jésus-Christ) dans « Ethique à Nicomaque » utilise une distinction différente. « Nous distinguons, en effet, les vertus intellectuelles et les vertus morales : la sagesse, l’intelligence, la prudence sont des vertus intellectuelles ; la libéralité et la modération sont des vertus morales ». (Livre I, chapitre 13). Il met à part la justice qu’il considère comme la plus haute des vertus. Un peu plus loin, il précise la signification de la vertu. « Ainsi donc, la vertu est une disposition à agir d’une façon délibérée consistant en un juste milieu relative à nous, laquelle est rationnellement déterminée et comme la déterminerait l’homme prudent ». (Livre II, chapitre 6). Il passe ainsi en revue une dizaine de vertus. Parmi celles il décrit : Le courage est un juste milieu entre la peur et la témérité. La libéralité est un juste milieu entre l’action de donner et celle de recevoir des richesses. La magnanimité est un juste milieu entre la pusillanimité et la vanité. La tempérance est le juste milieu par excellence. Ces vertus deviennent ainsi des formes de prudence. 
Les vertus principales sont ainsi plus que trois : la justice, la prudence et la sagesse. L’intelligence n’est qu’une vertu mineure. 

Cicéron (106-43 avant Jésus-Christ) dans « De finibus » reprend à son tour la doctrine des quatre vertus principales. « L'autre genre comprend les grandes et véritables vertus, filles de notre liberté, telles que la prudence, la tempérance, la force, la justice, et les autres de même nature. ». Contrairement à Aristote Cicéron ne privilégie par une vertu par rapport aux autres. Elles ont chacune une fonction particulière mais elles sont tellement liées entre elles et elles participent tellement les unes aux autres qu’on ne peut pas les séparer. (Livre V) 

Saint Ambroise (environ 340-397) dans « De officiis ministrorum » est le premier auteur chrétien à fixer la liste des vertus cardinales : la tempérance, la justice, la prudence et la force. Le terme « cardinale » vient du latin cardo, « le gond ». C’est autour de ces vertus que pivotent toutes les autres comme autour d’un gond. 

À son tour, Saint Augustin (354-430) dans un ouvrage intitulé « DES MOEURS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE ET DES MOEURS DES MANICHÉENS », au chapitre XV nous donne ce qu’il appelle une définition chrétienne des quatre vertus cardinales. Le texte constitue une synthèse entre les vertus cardinales et les vertus théologales. 

« Si la vertu est le chemin du bonheur, que peut être la vertu sinon amour souverain pour Dieu ? Quand donc on dit qu'elle est quadruple, je crois qu'on l'entend des divers états de cet amour. Ces quatre vertus, plaise à Dieu que leur efficacité soit dans tous les Cœurs, comme leurs noms sont dans toutes les bouches ! 

Voici comme je les définis sans hésiter : LA TEMPÉRANCE, c'est l'amour se donnant tout entier à l'objet aimé; LA FORCE, c'est l'amour supportant tous les maux à cause de l'objet aimé; LA JUSTICE, l'amour soumis au seul objet aimé, et par suite régnant sur tout le reste avec droiture; enfin, LA PRUDENCE, c'est l'amour faisant un choix judicieux de ce qui peut lui être utile à l'exclusion de ce qui peut lui être nuisible. Et cet amour, nous avons dit que ce n'est pas l'amour de n'importe quel objet, mais uniquement l'amour Divin, c'est-à-dire l'amour du souverain bien, de la souveraine sagesse, de la concorde souveraine. 

Je pourrais donc encore redéfinir ces vertus : LA TEMPÉRANCE c'est l'amour se conservant intègre et incorruptible; LA FORCE, c'est l'amour supportant facilement tout à cause de la Foi; LA JUSTICE, c'est l'amour au service de l’équité et de la paix. LA PRUDENCE, c'est l'amour discernant judicieusement ce qui peut nous aider à arriver au divin ou ce qui peut nous détourner de lui. » 

Dans les œuvres d’art les vertus cardinales sont représentées sous les traits de femmes portant les attributs suivants :

LA TEMPÉRANCE: deux récipients avec de l’eau passant de l’un à l’autre
LA FORCE: le glaive
LA JUSTICE : la balance
LA PRUDENCE: miroir et serpent 


LES VERTUS CARDINALES ET LE TAROT 


Parmi les 22 arcanes majeurs du tarot de Marseille, on retrouve 4 arcanes pouvant peut-être avoir la même signification symbolique que les 4 figures des Vertus Cardinales. Ces 4 arcanes sont : La Justice (arcane VIII), L’Hermite qui représente un vieux sage dont la voie est celle de la prudence (arcane IX), La Force (arcane XI) et Tempérance (arcane XIV).

Les 4 vertus cardinales sont bien expliquées dans « La chrysopée du Seigneur » attribuée à Raymond Lulle. Je vous en donne l’extrait :

"Dans l'Homme, les Éléments susceptibles de faire débuter l'œuvre, sont les Quatre Vertus Cardinales, savoir: Force, Prudence, Tempérance et Justice.

Le Sage qui a su développer en son Âme ces Quatre Vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.

Ainsi, la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales, génère et suscite l'action des trois Vertus supérieures. À leur tour, lorsque nos trois Principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s'empressent d'éveiller d'autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse.

Et à leur tour, ces deux grâces divines en éveillent une autre en nous : celle qui ne saurait être exprimée par des mots et des images. En cette dernière est toute la Béatitude promise aux élus, par elle, nous participons, créatures, à la Vie Divine.

Il serait vain de croire que la pratique d'une seule Vertu soit susceptible de générer les suivantes. De même que l'enfant naît du père et de la mère, de même que l'Esprit-Saint procède et du père et du Fils, de même une Vertu ne procède que de deux autres. Ainsi, sur l'Arbre de notre Connaissance.

La première Vertu qu'il importe de développer en nous est celle de la Force. Car comment pouvons-nous nous attaquer à une telle entreprise si nous ne sommes pas, par avance, assurés de la mener à bien ? Il faut donc être fort ; fort contre le monde, fort contre nous, fort contre nos Vices.

La seconde Vertu à développer est la Prudence, car elle nous enseignera à nous défier du Monde, de nous-mêmes, des ruses subtiles des Vices, nos Ennemis conscients et subtils. Car, encore une fois, il ne faut point voir ces Vices comme des réactions instinctives et mécaniques de notre propre Chair. Sans doute, celle-ci sert de véhicule et de canal à ces réactions. Mais celles-ci sont inspirées par l'Esprit Démoniaque qui habite en elle, puisqu'il en est à la fois l'auteur et l'animateur. C'est par elle que l'Esprit des Ténèbres s'exprime ; et lorsqu'il la fait vibrer à sa guise, ainsi que la viole sous les doigts du ménétrier, nous devons, en tant qu'esprit libre, nous défier de tout ce qu'elle apporte de suggestions diverses, compliments ou reproches, conseils ou négations, tout ce qui semble présenter une justification de la prééminence de la Chair sur l'Esprit, tout est à rejeter. Voici la Vertu de Prudence.

De la pratique commune de ces deux premières Vertus, Force et Prudence, naîtront respectivement deux autres : Tempérance et Justice.

Lorsque la Force aura tendance à déborder son domaine, que Prudence s'effacera momentanément, Justice apparaîtra. Car, qui dit Justice dit rétribution exacte. Et par une réaction purement mécanique, l'équilibre un instant perturbé se rétablira.

Mais lorsque Prudence l'emportera sur Force, alors Tempérance apparaîtra. Elle a également nom Miséricorde, Douceur, Indulgence, et Pardon. Sur la ligne des deux plateaux, elle s'oppose à Justice, dont la rigoureuse précision ignore les variations suscitées par l'infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous.

Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Éléments de l'Œuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Âme, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité.

Force était Feu, Justice était Air, Tempérance était Eau, et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel.

La Foi naît de la pratique de la Justice et de la Tempérance. Foi, avant tout, prend sa source dans la vérité et la franchise. Lorsque tu possèdes la Vérité, une Certitude, tu crois alors fermement au bien-fondé de ce qui s'y rapporte. Et la solidité de ta croyance est le fruit de ta certitude. Songe alors que la Foi que tu peux susciter chez autrui dépend totalement de la véracité de tes paroles, de tes actes et surtout de tes pensées. Pense juste, pour parler franchement et agir droit. Car Foi est surtout et avant tout Bonne Foi. Foi, c'est Franchise ! Ne mens pas, car le Mensonge tue la Foi. Ce faisant, tu tisses autour de toi-même un voile qui te cache Dieu, suprême Vérité. 

Pour croire juste. il faut imaginer ou agir véridiquement. Ce faisant, tu fais naître en toi-même une Foi, fille de Certitude. Et Certitude est seule Réalité...

Justice et Bonne Foi engendrent Espérance. Car, qui nierait que le Bon Droit, né de Justice, et Certitude, fille de Bonne Foi, sont seuls susceptibles d'asseoir sans crainte ton Espérance ?

Semblablement, Foi et Tempérance font naître Charité. Car la Bonne Foi et la Douceur exigent que nous rendions à autrui ce que nous souhaitons qu'il nous rende. Ainsi naît la Charité, autre aspect de l'Amour des êtres pour les êtres.

Mais Bonne Foi et Espérance font aussi naître Charité et ce pour les mêmes motifs. La Certitude que donne l'Espérance reposant sur la Vérité et sur la Bonne Foi, nous démontre que le but et l'état final des Etres est justement l'Amour de ces mêmes êtres les uns pour les autres. Donc, Foi et Espérance génèrent Charité."

Ici, le Septenaire est établi. En toi-même, Fils du Soleil et de la Lune, ont été successivement générées Force et Justice, Tempérance et Prudence, donnant naissance à Foi, Espérance et Charité.

Issus des Quatre Éléments, Feu, Air, Eau, Terre, se dessinent flamboyants comme des personnages de Vitrail : Soufre, Mercure et Sel des Philosophes!

Les 4 Vertues Cardinales sont nécessairement une des "Clés Fondamentales"...

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Dédié à la prêtresse Majalis

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