vendredi 4 janvier 2013

"BLANCHE NEIGE" : CONTE INITIATIQUE?


Certains parmi vous seront sans doute surpris d,apprendre que Blanche neige est un récit initiatique...

Du reste, il y a dans l’œuvre de René Guénon des affirmations surprenantes concernant les contes dont celui-ci, il les cite souvent en exemple et nous savons qu’il ne fait en cela que transmettre la connaissance traditionnelle...

Selon lui, le monde actuel est très différent de ce qu’était le monde du passé. Les mentalités auraient changé d’une manière radicale depuis l’antiquité, et même depuis le moyen âge. En même temps, notre environnement aurait subi une métamorphose, il se serait solidifié, matérialisé. Sans cette double mutation, le monde moderne, matérialiste, scientifique, rationaliste n’aurait pu voir le jour et se développer.

Dans le domaine de la littérature, une chose nous frappe, les grandes œuvres des siècles passés furent des œuvres initiatiques, ou tout au moins pétries de spiritualité. Ainsi en est-il de l’odyssée d’Homère, de l’Énéide.

Le "Don Quichotte de la Manche" de Cervantès est une œuvre initiatique, de même que la divine comédie de Dante. Et, n’oublions pas l’œuvre monumentale de notre sublime Rabelais. Il semble qu’avant Descartes et Voltaire, il était inconcevable de produire une grande œuvre littéraire qui ne soit pas initiatique !

Victor Hugo et Shakespeare nous délivrent des bribes de spiritualité au détour de certaines pages, mais ce ne sont pas à proprement parler des œuvres initiatiques. Car, il fut un temps où la foi et la métaphysique étaient le ferment de toute intelligence, où les élites, étaient pétries de spiritualité, immergées dans la contemplation.

On a accusé ces siècles d’obscurantisme et de superstition, pourtant, on a pu construire les cathédrales et développer les ordres monastiques. On a également jeté des bases solides de la voie initiatique, par les ordres chevaleresques et les confréries de bâtisseurs. En ces temps d’intense vie intellectuelle, les géants de la littérature mondiale témoignent d’une sensibilité autre que celle qui s’est emparée de l’occident et qui triomphe encore en ce début de millénaire.

Mais en même temps que ces géants, il y avait le peuple, et lui aussi avait une vision différente de la notre. La foi la plus profonde habitait les plus humbles, malgré une existence rude et laborieuse. Les classes défavorisées possédaient une authentique culture, plus riche que celle de nos classes populaires actuelles. Il n’est que voir l’extraordinaire témoignage de ce que l’on nomme les contes populaires. Ils nous viennent du fond des âges, nul n’en connaît l’origine. Perrault et Grimm n’ont fait que les répertorier, et transcrire ce qui était raconté dans les veillées des chaumières paysannes. Leur sens initiatique le plus profond s’impose d’une manière évidente.

Prenons le cas de « La Belle au Bois Dormant ». Elle dort cent ans, nombre symbolique, puis par un baiser, est réveillée par le prince charmant. « Ali Baba » ce conte des mille et une nuits de l’orient, découvre la caverne magique. Il prononce la formule « Sésame, ouvre toi ». La graine de sésame, est de la même famille que le grain de sénevé de la parabole du Christ. C’est la plus petite de toutes les graines, mais elle est le germe (le germe initiatique, bien sûr) qui permet l’accès à la caverne. C’est un trésor de pierres précieuses, qu’il découvre alors, voila qui évoque la Jérusalem finale, qui elle aussi sera sertie de pierres précieuses. En attendant, il doit se protéger du retour des quarante voleurs (nombre symbolique d’épreuves et de dangers), qui ne manqueraient pas de le tuer.

Revenons à Blanche neige, songez à tous les symboles contenus dans ce récit...

Le nombre sept avec les sept nains, le miroir magique et la méchante reine, le cercueil de diamant, la petite maison dans la forêt, les deux moitiés de la pomme, le prince charmant qui réveille blanche neige en lui donnant le baiser initiatique...

Enfin, le nom même de Blanche neige qui symbolise l’âme humaine, sa pureté originelle qu’il s’agit de retrouver. Je suis sur que certains d’entre vous commencent à comprendre où je veux en venir !

Commençons par le début. Blanche neige est la fille du roi. Sa mère meurt, et le père épouse une femme très belle et très méchante qui est jalouse de la petite fille.

La mort de la mère est la perte de l’état originel paradisiaque. Le père représente Dieu, le principe créateur... Quand à la vilaine reine, elle est l’image du nouvel état d’existence, héritage de la chute, et mû par des forces obscures et négatives.

Vous remarquerez que contrairement à la vison religieuse et exotérique, il n’est pas question ici de faute ou de péché, il n’y a aucune tendance moralisatrice. La mort de la mère est vécue comme étant une fatalité que Blanche neige subit, un processus inéluctable d’éloignement par rapport au principe, de chute indispensable afin que la création ait lieu. C’est le signe d’une vision ésotérique, en rupture par rapport à ce qui était enseigné par les prêtres catholiques.

Ensuite, la vilaine reine qui est en même temps sorcière, consulte son miroir magique, lequel lui confirme qu’elle est la plus belle femme du royaume. Nous avons ici le symbole du miroir, qui nous montre deux réalités, la terrestre et la céleste. Il est également la représentation de la dualité qui anime notre monde. Toute image se reflète fidèlement dans un miroir, en vertu de l’adage hermétique « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Mais c’est une image inversée, la droite devient la gauche. Nous avons ici une vérité métaphysique de première importance, celle qui est rapportée par plusieurs passages évangéliques qui insistent sur l’inversion des valeurs des choses terrestres par rapport à celles du monde spirituel.

- Les premiers seront les derniers
- Ce qui est élevé sera abaissé, ce qui est abaissé sera élevé
- Le plus petit parmi vous sera le plus grand dans les cieux
- Ce qui est sagesse en ce monde est folie devant Dieu

La vilaine reine est non seulement orgueilleuse, car elle veut rester la plus belle, mais elle montre à travers son miroir, qu’elle conçoit un monde qui est celui de l’illusion et du mensonge, celui du mal.

L’obsession de la reine rappelle la tradition biblique selon laquelle Lucifer avant sa chute fut le plus beau de tous les anges.

Blanche neige grandit, et finit par devenir une belle jeune fille. Sa beauté est différente, plus réelle car elle reflète la beauté de son âme. Le miroir apprend à la reine qu’elle a perdu la primauté qui était la sienne, et que Blanche neige est désormais la plus belle femme du royaume. Folle de rage, elle décide la mort de la jeune fille et donne l’ordre à l’un de ses serviteurs de l’emmener dans la forêt afin d’accomplir cette basse besogne. Elle lui dit de ramer comme preuve le cœur de Blanche neige. Le serviteur obéit, mais au moment d’accomplir son crime, il n’en a pas le courage. Il dit à Blanche neige de s’enfuir et de ne plus jamais revenir au château. Il tue une biche et ramène son, cœur à la place de celui de la princesse.

Il y a substitution d’une mort par celle d’une autre victime innocente. Cela rappelle le massacre des innocents, et celui des enfants israélites, alors que Moïse est sauvé des eaux. C’est tout le symbolisme chrétien qui est évoqué ici, le messie donnant sa vie afin de sauver tous les hommes. Et le cœur de la biche évoque le sacré cœur.

Mais pourquoi une biche ? La tradition nous montre la biche comme étant un animal noble, représentant à la fois la féminité et la sagesse. Héraclès poursuit la biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain jusqu’au pays des hyperboréens, les sages des origines qui lui transmettent la connaissance.

Blanche neige s’enfonce dans la foret...

Penchons nous sur le symbolisme de la foret. De tous temps elle fut un sanctuaire. Les sages de l’Inde, les sannyasins se retirent dans la foret lorsqu’ils quittent le monde afin d’accomplir leur quête initiatique. Les druides se réunissaient dans la foret des carnutes. Il y eut celle sacrée de Brocéliande, servant de décor à nos légendes celtiques. Blanche neige s’enfonce dans les profondeurs à la fois pures et obscures de la foret. Elle est comme tous les initiés de tous les temps qui dans le silence et la paix, recherchent la lumière dans leur être le plus secret.

Blanche neige finit par trouver la maison des sept nains. Elle entre et se couche dans un des lits afin de se reposer après les épreuves qu’elle vient de subir. Les sept nains l’adoptent et acceptent de la cacher. Elle leur prépare à manger pendant qu’ils partent travailler dans une mine de diamants. On ne peut qu’admirer l’association des nains, de la foret et des diamants. Comment pourrait-on mieux exprimer la queste intérieure de l’initié ?

Les nains représentent les forces profondes qui sont en nous. Au nombre des sept, comme les sept planètes, les sept jours de la création, les sept cieux et les sept péchés capitaux, ils sont le matériau dont est fait l’initié (la pierre brute), les sept aspects de son être le plus profond, qu’il doit travailler et transfigurer, afin d’atteindre la pureté du diamant.

La période durant laquelle Blanche neige habite avec les nains représente le travail intérieur. Celui qui, s’étant retiré du monde, en s’enfonçant dans le sanctuaire de la foret, accomplit le grand œuvre de sa mutation vers l’état suprême. La petite maison devient le refuge, le temple maçonnique. Les sept nains sont également, car nous savons que les symboles sont multiples, les sept maîtres qui rendent la loge juste et parfaite.

Mais les forces adverses interviennent. La vilaine reine apprend par son miroir magique que Blanche neige est toujours vivante, et qu’elle habite chez les sept nains. Furieuse, elle se déguise en vieille sorcière et s’en va proposer à la jeune fille une pomme mûre et appétissante à souhait. Comme les nains lui ont recommandé de n’ouvrir à personne en leur absence, car les portes du temple sont interdites aux profanes, elle refuse de la voir. Mais la reine lui propose de manger avec elle une moitié de la pomme. Elle coupe le fruit avec un couteau dont une moitié de la lame contient du poison. Elle propose la mauvaise moitié à Blanche neige, qui cède à la tentation de gourmandise, et tombe aussitôt comme morte. Blanche neige a désobéi et reçoit l’inévitable châtiment, car lorsque l’on ouvre la porte du temple au monde profane, qui est toujours empreint de forces hostiles, il faut s’attendre à de graves conséquences.

Arrêtons-nous sur le symbolisme universel de la pomme. Elle est le fruit défendu qu’Adam et Ève convoitent. Elle est le fruit de la connaissance, telles les pommes d’or du jardin des hespéridés, qu’Héraclès recherche jusqu’aux confins de la terre. Vous remarquerez que lorsque l’on coupe une pomme en deux, une étoile à cinq branches apparaît en son sein. Mais nous ne pouvons en dire plus du fait que nous sommes au premier degré. La sphéricité du fruit évoque celle du monde terrestre, et le nombre cinq est celui du monde humain et matériel.

Permettez moi un audacieux rapprochement entre le couteau qui coupe la pomme, et l’épée du vénérable qui tue le profane, et consacre la naissance d’un nouvel initié. Remarquez bien que ce n’est pas la pomme qui est empoisonnée, mais une des faces de la lame. Nous retrouvons ici le double symbolisme à la fois bénéfique et maléfique des métaux, qui furent bannis de toute construction sacrée dans les temps antiques.

L’évanouissement de Blanche neige préfigure la mort initiatique, qui doit être suivie d’une renaissance.

À leur retour, les nains sont désespérés de trouver le corps inanimé de Blanche neige. Ils la pleurent amèrement et la placent dans un cercueil de diamant.

Puis vint à passer un prince qui voyant le corps de Blanche neige, s’écrie.

« Qui est cette princesse si belle, je la porte en moi depuis toujours, je la cherchais en vain, et voilà qu’elle m’apparaît morte au moment où je la trouve ».

Il se penche vers elle et lui donne un baiser. Aussitôt, Blanche neige ouvre les yeux, se lève et crache le morceau empoisonné de la pomme qui était resté dans sa gorge. Elle revient à la vie et sort de son cercueil. Le prince l’emmène, l’épouse, et tous deux furent heureux et eurent beaucoup d’enfants…..comme de bien entendu.

Le prince charmant représente l’influence spirituelle qui est en attente pour le futur initié. Il connaissait Blanche neige mais la cherchait depuis toujours. On ne peut mieux exprimer la queste du graal, celle qui nous fait rechercher un état que nous croyons perdu mais qui est notre nature véritable. L’union suprême qui est réalisée par l’initiation, « le baiser du prince », est celle de Purusha et Prakriti, de l’essence et de la substance, du yang et du yin, du soleil et de lune, dont la figuration à l’Orient de la loge, témoigne de l’importance décisive dans la réalisation. La forme rectangulaire du cercueil de diamant est l’image de la Jérusalem finale.

Vous voyez mes très chers amis combien ce conte est merveilleux et recèle des énigmes qui ne demandent qu’à être enfin percées, des secrets qui ne demandent qu’à être enfin dévoilés, une sagesse subtilement enseignée à travers une allégorie. Pour cette raison et bien d’autres Blanche Neige est un conte magique!

2 commentaires:

  1. Si le monde d'antan était si merveilleux, la terre serait devenue un paradis.

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  2. J'adore les contes de fée, blanche neige, ce vieux conte de mon enfance. Aujourd'hui en 2014, c'est pas ainsi que je vois ce conte, en effet les femmes rêves toutes d'être blanche neige sauf moi.
    Moi je veux être la méchante et vilaine reine. Oui cette femme est extraordinaire elle a réussi et grâce à Hollywood d'avoir le beau rôle, c'est pour cela je suppose que Julia Roberts avait tout compris en choisissant elle aussi d'être la vilaine reine.
    Réfléchissez bien, voici un conte qui a été monté en film d'une durée d'une heure et demi à peu près. Mais combien de temps sur la durée du film croyez vous que blanche neige tire son épingle du jeu, aucun moment, sauf à la fin du film, mais la reine, elle, elle est mise en valeur tout le long du film, elle vit dans un château alors que blanche neige passe son temps chez les 7 nains dans un endroit petit à faire le ménage et j'en passe, ensuite qui a de beaux vêtements encore la reine bien entendu, qui est bien coiffé la reine, qui commande et a le dernier mot la reine. Qui pendant tout le conte doit se battre pour survivre blanche neige. Enfin de compte au total la reine a passé à l'écran presque la totalité du film dans une aisance, alors que blanche neige n'a eu que les 5 dernières minutes du film. Qui veut être blanche neige et bien pas moi en tous cas.
    Passons à son miroir, c'est un salaud, il compare ce qui n'est pas comparable. Mais comment peut on comparer une jeune fille de 20 ans ou moins encore avec une femme d'une quarantaine d'années.
    Je ne vous parle même pas du pouvoir de transformation de la reine elle qui peut prendre l'apparence d'une vieille sorcière et a des les pouvoirs et blanche neige n'en a aucun. Qui veut toujours être blanche neige?.
    Oui mais vous me direz, il y a le prince. Qui en veut à notre époque il se ferait jeter comme une vieille chaussette, car bien évidemment il choisi blanche neige car elle sera une femme soumise pas comme la reine, il aurait fort à faire.
    Blanche neige n'est pas un conte magique, c'est la reine qui possède la magie, donc encore une histoire d’époque pour alléger la dure réalité de pauvres gens qui rêvent à un meilleurs monde.
    Et j'en profite pour dire à anonyme qu'il a raison, le monde d'antan n'était pas merveilleux, car les jeunes fille mouraient souvent très jeunes. Comme certains diraient "merci à la recherche médical" nous avons la science, et les antidotes aux empoisonnements.

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