lundi 28 janvier 2013

GURDJIEFF (1877-1949)



Georges Gurdjieff (en arménien : Գեորգի Գյուրջիև; en russe : Георгий Иванович Гюрджиев; Gueorgui Ivanovitch Gourdjiev ; en grec Γεώργιος Γεωργιάδης , est une figure célèbre de l'ésotérisme.

Né à Alexandropol, aujourd'hui Gyumri, en Arménie, d'un père grec et d'une mère arménienne, le 27 décembre 1877, décédé le 29 octobre 1949 à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, il est enterré au cimetière d'Avon en Seine-et-Marne.

Sa vie jusqu'en 1914 n'est connue que par les témoignages que lui-même ou ses disciples ont transmis.

L'existence de Gurdjieff jusqu’à sa quarantième année relève du mythe invérifiable. Il aurait appartenu à une société dite « Les Chercheurs de vérité » et aurait traqué celle-ci en Égypte, en Palestine, en Mongolie, dans le Désert de Gobi, en Inde, au Tibet ...

On sait seulement de manière certaine qu’il s’installe, en 1912, à Moscou comme marchand de tapis orientaux, et qu’il commence à grouper autour de lui des disciples recrutés dans les milieux occultistes et plus particulièrement théosophes. Ceux-ci se structurent en Institut pour le Développement Harmonique de l’Homme, et doivent fuir la révolution bolchévique, d’abord au Caucase, puis en Turquie, avant de finir par s’installer en France à Avon et à Paris, 6 rue des Colonels-Renard où Gurdjieff décède en 1949.

Son œuvre est diffusée dans le monde par un certain nombre d’instructeurs formés par lui comme Henri Tracol, Véra Daumal, femme de René Daumal, ou Jeanne de Salzmann, l’épouse du peintre Alexandre de Salzmann.

Théorie


Le noyau de la doctrine de Gurdjieff avait trait à l’intégration de toutes les forces vitales pour les mettre en harmonie les unes avec les autres ainsi qu’avec l’ordre cosmique, de sorte que chaque individu apprenne à « Être ». La vraie connaissance, selon lui, est une fonction de l’être. Ce que connaît un homme est en lien direct avec ce qu’il est.

Gurdjieff faisait une distinction entre l’être essentiel et la personnalité superficielle et assignait à ses élèves des exercices divers ayant pour but d’affaiblir les conditionnements. Ces méthodes étranges à l’extrême relevaient d’un travail psycho-physique et de la thérapie de groupe. שליחה מאירה Il a introduit la figure de l'ennéagramme.

Le travail en groupe...

Ouspensky le décrivait ainsi : « Exercices rythmiques accompagnés de musique, danse de derviches, exercices mentaux, étude des diverses façons de respirer et ainsi de suite. Parmi les plus astreignants étaient les exercices d’imitation des phénomènes psychiques : lecture de pensée, clairvoyance, manifestations médiumniques, etc. Avant de commencer ces derniers, Gurdjieff nous avait expliqué que l’étude de ces « trucs », comme il les appelait, était obligatoire dans toutes les écoles orientales, parce que, avant d’avoir étudié toutes les imitations, toutes les contrefaçons possibles, il était inutile de commencer l’étude des phénomènes de caractère supranormal ... Cependant notre effort portait surtout sur la rythmique, et sur d’étranges danses destinées à nous préparer à faire par la suite des exercices de derviches. Gurdjieff ne nous disait ni ses buts ni ses intentions, mais d’après ce qu’il avait dit auparavant, on pouvait penser que tout cela tendait à nous mener vers un meilleur contrôle du corps physique. »

Katherine Mansfield écrivait (Elle avait été acceptée dans le travail à la suite de son insistance répétée, alors qu'elle se trouvait en phase terminale de la tuberculose) : « Il n’y a certainement pas d’endroit sur cette planète où l’on puisse recevoir l’enseignement que l’on reçoit ici. Mais la vie n’est pas facile. Nous avons de grandes difficultés, des moments douloureux. Théoriquement c’est merveilleux, mais en pratique cela implique des souffrances. »

Boris Mouravieff écrivait (ami d'Ouspensky, il eut des contacts avec Gurdjieff sans jamais faire partie de ses "Instituts"): « Sur les gens qui tombaient dans son orbite, Gurdjieff exerçait son influence d'une manière très simple, voire brutale. Le contenu du message mis à part, ce fut ce qu'il appelait le Travail. Ce "travail", abstraction faite des "conversations" et des "exercices", consistait à persuader ses disciples qu'ils étaient littéralement zéro en chiffre. Il leur disait sans ambage - et en face -, à chacun d'entre eux - qu'ils n'étaient ni plus ni moins que de l'ordure. (...) Et - il faut que le lecteur le sache - l'influence hypnotique, comme toute influence de la nature, est inversement proportionnelle au carré de la distance. Distance physique et psychique ou l'une ou l'autre. Or, les effets de cette influence de Gurdjieff sur son entourage immédiat étaient visibles. Il pouvait proposer à ses disciples n'importe quelle absurdité - voire n'importe quelle monstruosité, sûr d'avance qu'elle serait acceptée avec enthousiasme comme une révélation. Dans l'état psychologique ainsi créé, les gens ne raisonnaient plus. Tout était bon, parce qu' ainsi parlait Zarathustra. (...) »

Le « rappel de soi »...

Les méthodes de Gurdjeff visaient à promouvoir l’auto-observation et « le rappel de soi » afin que ses élèves sortent, selon lui, de leur profond sommeil et deviennent conscients de leur vrai moi. Alors seulement, ils cesseraient d’être des machines humaines. Ce concept de rappel de soi était selon lui la clé d'une vraie vie, d'une conscience réelle du vrai moi. Sans cette capacité de « rappel de soi », de conscience totale et libre, un homme ne serait qu'un ensemble de réactions automatiques programmées par son éducation, ses acquis et son illusion de choix, soit une véritable « machine » quelle que soit son envergure intellectuelle.

L’ennéagramme est l’image centrale de l’enseignement de Gurdjieff. L’auteur a appliqué à l’ennéagramme les données fondamentales de la psychologie des profondeurs se servant, comme support archétypique, mythologique et symbolique, des arcanes majeurs du tarot.

L’ENNÉAGRAMME



L’ennéagramme est, à l'origine, une figure ésotérique (le mot a été construit avec la racine grecque ennea qui signifie neuf et gramma dont le sens est figure) utilisée et probablement conçue par Georges Gurdjieff.

L'ennéagramme, dans des conceptions dérivées, s'est diffusé comme une méthode de développement personnel (alors appelé « ennéagramme des neuf types de personnalité ») au travers de divers auteurs à partir des années 1970 aux États-Unis dans le courant de la psychologie humaniste.

Origine de l'ennéagramme

L'origine de l'ennéagramme reste floue et diverses thèses plus ou moins étayées ont vu le jour à ce sujet.

Selon Tor Waag et Andreas Ebert (Theologe), auteurs sur le sujet de l'ennéagramme, Évagre le Pontique, un moine du IVe siècle, utilisait un système de huit passions et vertus (sans pour autant se servir d'une figure pour les représenter) qui serait conceptuellement identique à l'ennéagramme moderne des personnalités.

Selon Laleh Bakhtiar, historienne de l'Islam, l'ennéagramme trouverait son origine dans le soufisme. Les soufis, notamment dans l'ordre de Bahaudin Naqshband, utiliseraient un système de guérison basé sur l'ennéagramme, et le symbole dans une version légèrement différente.

Idries Shah, auteur de la tradition soufie, déclare avoir vu le symbole de l'ennéagramme dans un ancien manuscrit à la bibliothèque de Grenoble.

Selon lui, l'ennéagramme est arrivé en Europe avec la Kabbale et il est basé sur les travaux de Ibn el-Laith, un ancien philosophe arabe.

De son côté, Oscar Ichazo, nie l'origine soufie et affirme que la source principale de l'ennéagramme est la Kabbale.

Gurdjieff prétend avoir connu l'ennéagramme au contact d'une hypothétique confrérie des Sarmoung en Asie centrale (parfois orthographié Sarman ou Sarmoun). Pour James Moore, membre de la Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland et reconnu comme un expert de Gurdjieff, dans son étude, la possibilité que Gurdjieff ait inventé ce modèle est probante par comparaison avec les caractéristiques similaires de ses autres créations et concepts. De plus aucune étude universitaire n’a démontré qu’il pourrait avoir une autre origine.

Toujours selon Moore, même Whitall Perry, un des critiques les plus virulents de Gurdjieff considère qu’il en est l’auteur, et James Webb (historian), qui aurait fait l’étude la plus approfondie sur le sujet, n’a pu trouver d’autres origines à l’ennéagramme. La conclusion de Moore est que « L’ennéagramme est sui generis et Gurdjieff, s’il n’en est pas l’auteur en est au moins son premier promoteur ».

l'Ennéagramme selon la théorie de Gurdjieff




Gurdjieff aurait présenté la figure de l'ennéagramme à ses étudiants vers 1916. Toutefois, la première publication sur le sujet date de la parution du livre d’Ouspensky, « Fragments d'un enseignement inconnu » en 1949. C’est Ouspensky qui greffa sur ce diagramme un système d’équivalences avec les fonctions du corps humain et les planètes. Puis Rodney Collin-Smith, un de ses disciples, fit correspondre l’ennéagramme au déroulement d’une vie humaine qu’il divisa en neuf périodes et à différents types psychologiques, selon une démarche assez similaire à celle qu’adoptait un autre adepte d’Ouspensky, Maurice Nicoll.

Auparavant, Boris Mouravieff, qui connut Ouspensky et Gurdjieff, avait développé sa vision de l'Ennéagramme dans le tome III de sa trilogie Gnôsis.

Cependant, d'après Kathleen Speeth, Gurdjieff n'aurait jamais utilisé l'ennéagramme comme outil servant à décrire des types de personnalité.

Ennéagramme des neuf types de personnalités


L'expression ennéagramme des types de personnalités désigne parfois plus spécifiquement les méthodes développées à partir des années 1970 principalement par Oscar Ichazo et Claudio Naranjo. Il s'agit d'une typologie décrivant neuf types (ou ennéatypes) et correspondant à neuf motivations fondamentales, elles-mêmes liées à neuf évitements fondamentaux. Les neuf types peuvent être représentés sur une figure géométrique par neuf points inscrits dans un cercle.

Selon ses promoteurs, et contrairement à d’autres systèmes psychologiques, l’ennéagramme ne décrit pas des comportements, mais des motivations sous-jacentes qui vont provoquer des comportements chez les individus. Chaque type de l’ennéagramme (on parle aussi d’ennéatype) est piloté par une compulsion d’évitement. C’est-à-dire qu’il cherche à tout prix, et de manière souvent inconsciente, à éviter une chose particulière. Dans cette compréhension, il n'y aurait donc pas de bons ou de mauvais types. C'est l'équidistance des neuf points sur le cercle (voir symbole de l'ennéagramme) qui illustre cette idée d'égalité entre les types.

Critiques

Selon l'UNADFI, à propos du système Gurdjieff : « La typologie des personnalités varie avec les écoles en fonction de la clientèle, et ne repose généralement sur aucune base psychologique ou relationnelle scientifiquement reconnue ; elle peut même être remplacée par des types de tentations et de rédemptions à usage des chrétiens ».

La méthode a également subi des critiques de la part de spiritualistes et de gnostiques. L'un d'entre eux fait ce commentaire : « le problème de l'ennéagramme n'est pas son incohérence, mais son aridité et sa stérilité. Pour faire simple : la valeur de l'interprétation de l'ennéagramme par Gurdjieff est proche de zéro. Même si nous acceptons les principes de cosmologie, de psychologie, d'alchimie selon Gurdjieff, on ne gagne rien avec l'ennéagramme (...) n'importe quelle structure en neuf points pourrait jouer le même rôle (...) et de meilleurs symboles pourraient même être construits (en évitant les ridicules références sumériennes) ».


GURDJIEFF ET LA MUSIQUE...



Le Musicien Thomas de Hartmann

En 1916, un officier de l’armée russe très prometteur, possédant argent et relations, une jeune et brillante épouse et une carrière naissante de compositeur, mit en jeu tout ce qu’il chérissait pour entrer en apprentissage chez le gourou russo-arménien Georges Ivanovitch Gurdjieff.

Thomas de Hartmann était sur le point de tenir un rôle dans le monde tumultueux de la musique d'avant-garde, de devenir un compositeur de talent nanti d’un esprit suffisamment terre-à-terre pour se bâtir une carrière à St Petersbourg, à Paris ou les deux. A la place, il s’engagea avec Gurdjieff, un voyant et mystique qui promettait que sous sa conduite, dit “le Travail”, ses étudiants allaient acquérir de nouvelles lumières, un niveau de conscience supérieur et un sens plus profond de ce qu’être au monde veut dire.

Durant les 13 années qui suivirent, de Hartmann se consacra à son professeur, lequel prétendait apporter les secrets de l’Orient à un occident affaibli.

Au cours du processus, de Hartmann produisit une quantité de morceaux de musique, des airs courts et rêveurs qui présageaient l’esthétique du New Age actuel. Cette musique, qui occupe une place centrale dans l’enseignement de Gurdjieff, a été enregistrée dans sa totalité par Wergo Records et dans une deuxième série sous le label français Avoid Valois.

Que cette curieuse musique, écrite il y a trois quarts de siècle à l’usage d’une secte hermétique, allait brusquement susciter des projets d’enregistrement majeurs, constitue un aimable petit accident culturel.

L’héritage laissé par Gurdjieff est fait de quelques livres de divagations mystiques, d’une malle de musique, d’un petit nombre d’adeptes éparpillés dans des sociétés Gurdjieff secrètes, et de quelques activités sur internet. De son vivant, il eut cependant la chance incroyable de se créer une présence intellectuelle en Europe et aux États-Unis.

Après son installation dans un vieux château improbable appelé le Prieuré (à côté de Fontainebleau, près de Paris), des intellectuels, des artistes et de fiévreux chercheurs de spiritualité sont venus en nombre s'agglutiner autour de lui.

Il attirait des adeptes aussi différents que Katherine Mansfield, auteur de contes, née en Nouvelle Zélande (elle est morte au Prieuré, une source de scandale toujours vivace) et le mystique russe P.D. Ouspensky. Quoi que n’étant pas son étudiant, Franck Lloyd Wright épousa une disciple de Gurdjieff et pourrait bien avoir incorporé des idées de Gurdjieff dans son style d’enseignement à Talesin, son campement d’architectes.

Gurdjieff fit entrer dans la danse des aristocrates oisifs de l’Europe de l’entre-deux-guerres (les soulageant souvent de leurs économies), et parvint à se faire inviter dans des salons, des salles de réception et, occasionnellement, dans des palais. Il réunit des cercles à Paris, Londres, Berlin et New York, et ses danses - il se considérait chorégraphe, entre autres - furent données à Carnegie Hall !!!

Après sa mort en 1949 sa présence se fit encore sentir, quoi que de manière décroissante. Quelques artistes, des musiciens et des chorégraphes, se sont confrontés à sa vie et à ses idées, allant du photographe Minor White à des musiciens tels Keith Jarrett (dont l’enregistrement d’œuvres choisies de Gurdjieff sera remis sur le marché le 23 mai) et Robert Fripp, qui dirigeait le groupe musical King Crimson (qui fit promotion des ouvrages de JG Bennett et Gurdjieff dans ses enregistrements).

L’oeuvre de vulgarisation la plus importante a sans doute été le film créé en 1979 par Peter Brook, “Rencontres avec des hommes remarquables”, basé sur le livre de Gurdjieff du même nom; c’est un regard autobiographique du maître sur ses années de jeunesse et ses pérégrinations en Arménie, Russie et divers lieux orientaux.

LA MUSIQUE DE GURDJIEFF



La majeure partie de la musique gurdjieffienne fut écrite pour accompagner les “gymnastiques sacrées” du maître, danses rigoureuses remplies de mouvements fluides et de longues pauses immobiles, le tout monté sous des apparences vaguement asiatiques.

Nous ne savons pas grande chose en réalité sur la manière dont la musique était écrite. Selon ce que raconte de Hartmann, le maître sifflait des mélodies dont il se souvenait depuis ses voyages en Asie, ou il les retrouvait sur son harmonica...

De Hartmann les mettait sur le papier à fur et à mesure que Gurdjieff les sifflait, laissant voler frénétiquement son stylo tel un sténographe musical. Il les mettait ensuite en harmonie, les organisait et les adaptait (pour le piano, généralement). De Hartmann fournissait l’écrasante majorité du travail, mais Gurdjieff transmettait ses airs avec une telle suffisance d’oracle que le “compositeur” de la musique,- actuellement publiée en quatre volumes par Scott-, devenait “Gurdjieff/ de Hartmann”.

S’il est courant de collaborer en matière d’art, il est rare de composer une œuvre conjointement. La musique composée par le voyant et le compositeur russe, lequel était orienté vers l’Occident, constitue en outre une curiosité stylistique pour l’époque. Elle ne tente pas de tisser des sons étrangers sur une trame familière, occidentale, mais prend les sons et les laissent exister dans toute leur liberté déstructurée et exotique. Elle est tour à tour méditative, vaporeuse, et abruptement répétitive, rythmique. Le son est oriental non seulement dans ses tournures mélodiques et modales, mais dans ses répétitions, ses harmonies vagues et ouvertes et ses formes psalmodiantes.

C’est une musique qui plaît immédiatement mais qui disparaît aussitôt dans la conscience, jusqu’à ce que, environ un quart d’heure plus tard, l’esprit rationnel se révolte: ce qui était à l'arrière-plan a pris les devants, ce qui apaisait est devenu dérangeant.

Comparé aux œuvres composées par Hartmann indépendamment de Gurdjieff (parmi lesquels le ballet “La Fleur Rose”, qui eut Folkine comme chorégraphe et Pavlova et Nijinsky comme danseurs!), la musique écrite en collaboration avec ce dernier paraît désespérément infantile et simpliste.

Ainsi, tout comme l’homme Gurdjieff, sa musique nous confronte à l’énigme de base de Socrate. Plus que la plupart des autres musiques inconnues et difficiles d’accès, ces œuvres semblent nous enjoindre de parier d’emblée que c’est de la bonne musique, avant de pouvoir l’apprécier...

Jugée selon la plupart des standards, elle semble affreuse. Mais lorsqu’on se trouve en face de quelque chose de très étrange et venant de loin, comme une tapisserie compliquée d’une culture inconnue, il y a un acte de foi : on continue à regarder, parce que l’on croit en l'authenticité de l’objet.

Avec l'œuvre de Gurdjieff/ Hartmann, l’acte de foi s’avère plus difficile. Il semble que l’on aie que deux possibilités : avaler le tout de bonne foi et chercher ensuite des explications convaincantes pour justifier les problèmes musicaux, ou rejeter le tout comme étant une sorte d’escroquerie.

Les œuvres écrites de Gurdjieff continuent à être imprimées, et se trouvent à l’étalage ou à l’intérieur de librairies qui nourrissent une grande diversité d’idées réunis sous une quelconque combinaison des rubriques suivantes: New Age, Occultisme, Philosophie, Spiritualité. Il y a trois livres majeurs, dont le premier, “Lettres de Belzébuth à son petit fils”, se monte à quelques 800 pages, souvent bien incohérentes...

Gurdjieff, dont le charisme a du être largement plus engageant que sa prose au style ampoulé, pose des questions philosophiques familières: Quelle est notre place ici-bas? Qu’est-ce que c’est que d’être un homme? Comment devenir meilleur que ce que nous sommes?

Ses réponses tombent à côté de la philosophie occidentale, empruntant librement à ce qu’il a entendu lors de ses lointains voyages en Asie Mineure, une cosmologie élaborée qu’il a en partie inventée et en partie rafistolée en puisant dans une large collection de sources et en un corpus étendu d’observations épigrammatiques du monde. Le tout est profondément anti-intellectuel et anti-occidental. 

Gurdjieff haïssait la création intellectuelle et artistique de l’Occident (appelant les artistes des “masturbateurs”, un de ses termes favoris et fréquents de dérision), alors que, et c’est bien caractéristique, il s’est servi dans le confort matériel de l’Occident; il s’est remis de l'écriture des “Lettres de Belzébuth” en avalant des douzaines de bouteilles d’eau de vie espagnole (qui, disait-il, accélérait le processus de rajeunissement). Mais ses écrits (contiennent?) également son humour, des expressions terre-à-terre et anecdotes de son enfance, et des visions fugitives d’un esprit se bataillant avec la donne bizarre qui fonde notre existence : n’est-il pas bizarre que nous soyons ici, comme en face de rien du tout? Et comme beaucoup de gourous qui l’ont précédé ou suivi, il a offert aux intellectuels occidentaux une fuite agréable du rationnel vers quelque chose qui semblait posséder l’imprimatur de l’Orient.

Le problème est qu’une grande partie de ce qui paraît oriental dans la philosophie de Gurdjieff, celui-ci l’a purement et simplement inventée, à partir d’un embrouillamini de souvenirs et de complète fabrication.

Il soutient que l’Atlantide (“l’Egypte pré-sableuse”, suggérait-il) était le siège de l’âge d’or : une leçon objective pour notre propre ère de décadence; pour son propre enseignement, il rend hommage à des sociétés grecques, moyen-orientales et asiatiques dont l’existence même a échappé aux historiens; plus troublant encore, il prétend avoir appris ses “danses sacrées” dans ce qu’il appelle “le Monastère de Sarmoung”, qu’il dit très commodément avoir découvert alors qu’il avait les yeux bandés.

Des recherches postérieures n’ont donné aucun résultat en ce qui concerne Sarmoung : on n’a trouvé trace ni du bâtiment, ni de son emplacement, ni de la confrérie qui pensait là des pensées profondes.

C’est la même chose pour la musique. Elle prétend avoir des références ethnographiques spécifiques - le Tibet, les Sayyids du Moyen Orient, par exemple -, mais cela ne résiste tout simplement pas à l’étude critique.

Charles Ketchham, un des pianistes participant à l'enregistrement de Wergo, et un des éditeurs de l’œuvre de Gurdjieff/ de Hartmann, dit que cela ne se reflète pas forcément de façon négative sur la musique de Gurdjieff.

“Je pense que la musique subissait une transformation à l’intérieur de Gurdjieff”, dit-il. “Je pense qu’une partie était mémorisée de manière spécifique, tandis que d’autres œuvres constituaient un écho, ou un tribut, aux personnes et aux musiques qu’il avait entendues.”

Ce qui revient à dire que Gurdjieff a créé ses musiques à peu près de la même manière que les compositeurs occidentaux qui se servent d’airs folkloriques ont procédé depuis deux siècles,- par la mémorisation, l’appropriation et la recomposition-.

Seul hic : Gurdjieff prétend donner à sa musique une identité spécifique, et il insiste sur la véracité de ses dires. Pour faire court : il nous trompe, et l’essentiel de l’exégèse de Gurdjieff est avant tout une apologie des embobinements intellectuels constants, flagrants et indigestes du maître. L’excuse standard consiste en un paradoxe hermétiquement clos : ses mensonges sont intentionnels et contiennent une forme de vérité. Gurdjieff veut provoquer le lecteur, ou l’auditeur, ou l’étudiant, pour lui faire mettre de côté la pensée littérale en le mettant au défi de faire un saut vers le niveau allégorique. Faire ce bond vers le niveau allégorique - interpréter l’invraisemblable pour créer un sens “supérieur” - est quelque chose que nous faisons volontiers lorsque le texte a une autorité, comme la Bible, ou possède une beauté apparente suffisamment puissante, tel un poème de T.S. Eliot ou les œuvres de James Joice.

L’œuvre de Gurdjieff, sa musique, ses idées, prétendent vous faire faire d’emblée ce saut vers le niveau allégorique, alors qu’ils sont dépourvus aussi bien d’autorité historique que de beauté apparente.

Cogiter sur la musique de Gurdjieff nous met forcément en face d’un des paradoxes contenu dans la question posée par Socrate dans Protagoras : en face de certaines formes d’art, on se voit obligé d’aimer ce qu’on lit, voit ou entend avant d’en avoir une grande connaissance. Entrer dans le monde de Gurdjieff sans croire qu’il a parfaitement raison ne peut mener qu’à la frustration; il y a tout simplement trop de balivernes embarrassantes pour pouvoir être justifiées.

De Hartmann et Gurdjieff vivaient dans un monde où il était facile, et peut-être excusable, d’être hautement crédule. Science et pseudoscience s’entremêlaient si intimement au début du 20ème siècle qu’on ne saurait blâmer le profane de faillir à les départager. Les rapports de Gurdjieff avec ses élèves apparaissent en grande partie comme une forme malveillante de ce qui est devenu depuis une discipline légitime : la psychanalyse. Gurdjieff établissait avec ses élèves une intimité stratégique, et dans bien de cas, une dépendance; il avait la capacité d’apprendre beaucoup sur ses étudiants en peu de temps, et il s’en servait ensuite pour les bombarder de questions et de défis à forte charge émotionnelle.

Avec sa femme Olga, de Hartmann écrivit un mémoire, “Our Life with Gurdjieff”, qui constitue une lecture douloureuse et fascinante, remplie d’histoires sur le traitement humiliant que Gurdjieff infligeait à ses disciples et sur leur acceptation passive, sûrs que c’était pour leur propre bien. Gurdjieff était particulièrement brutal avec les Hartmann, les entraînant dans un voyage exténuant à travers la Russie et les montagnes du Caucase, au cours duquel le jeune compositeur contracta la typhoïde. A la fin du voyage, désargenté et physiquement affaibli, de Hartmann entreprit de renouer avec sa carrière de musicien, mais Gurdjieff l’enjoignit de cesser ses activités musicales. C’était là un acte monstrueux d’égoïsme, probablement inspiré par la crainte du maître de se voir éclipsé par son élève.

Au Prieuré, la conduite des élèves au jour le jour était sous surveillance constante, et leur emploi du temps soumis à des lubies fantaisistes destinées à les mettre à l’épreuve. De Hartmann l’excuse, et l’excuse encore: “L’art avec laquelle M. Gurdjieff nous fit souffrir était tellement accompli, son expression si consommée, que quoi qu’ayant décidé par avance de ne pas réagir.. quand l’expérience avait lieu, nous nous sentions convaincus d’être en face d’ un homme froid et même cruel.”

Mais lorsqu’ils protestaient: “Le visage de M. Gurdjieff se mettait aussitôt à se transformer. Il reprenait son expression habituelle, mais il avait l’air très triste, et s’en allait sans dire un mot. Nous nous sentions alors consumés d’un terrible sentiment de mécontentement de nous-mêmes.”

Intimité, manipulation, cruauté, culpabilité...

Sans le savoir, peut-être, le jeune de Hartmann était tombé dans une secte organisée autour de la forte personnalité de Gurdjieff. Ses raisons de vouloir apprendre par Gurdjieff sont universelles. Il désirait donner un sens à sa vie. Le monde était compliqué, particulièrement en Russie où la vieille société tsariste dont de Hartmann était issu était en passe d’être anéantie. Comme des milliers, ou des centaine de milliers, d’autres personnes de par le monde qui exploraient la théosophie, les religions orientales ou des nouvelles formes “scientifiques” de christianisme, les Hartmann étaient à la recherche de quelque chose de transcendantal, de quelque chose au delà les désordres du monde.

La musique a été fondamentale pour les sectes depuis le moment ou Pythagore et ses disciples ont créé les bases de la théorie musicale occidentale, pour les charger ensuite de fantasmes cosmologiques. Gurdjieff était au plus haut degré un descendant de Pythagore; il comprenait le monde en des termes musicaux et considérait la musique comme une vaste allégorie de l’univers et de la création. Remarquons, nous dit-il, que les deux premières lettres du mot Dominus (Dieu) donne Do, la première note de la gamme, tandis que Ré est dérivé de Regina Coelis, ou Reine des Cieux, la lune; et ainsi de suite tout au long de la gamme. De vastes questions philosophiques sont dérivées des problèmes de théorie musicale ; la musique, qui est de ce monde, semble nous connecter avec l’univers entier. Était-ce une flatterie d’imitation ou seulement une coïncidence que les dirigeants de la secte suicidaire Heavens Gate, qui s’en sont gentiment allés Hale-Boppant dans les ténèbres en 1997, s’étaient donnés les surnoms de Do et de Ti (Si), première et dernière notes de la gamme?

La musique relève à la fois du rationnel et de l’irrationnel, c’est un système de sons qui produit une résonance émotionnelle profonde et inexplicable. Il n’est guère surprenant qu’elle soit la forme artistique de prédilection de ceux qui font du racket cosmo-spirituel. Malgré tout, le vide et l’ineptie des œuvres de Gurdjieff/ de Hartmann ressemblent à une mise en garde, comme l’aura de ce trou noir intellectuel que représente le mysticisme dans le monde rationnel. Et la musique elle-même, lente, envoûtante, exotique et autres, est vide d’idées musicales; la musique de Gurdjieff témoigne en fait d’une forme d’oppression.

Les “danses sacrées”, que Gurdjieff interrompait souvent pour aboyer des ordres aux danseurs, relevaient moins de l’expression artistique que de la discipline psychique et physique.

En ce qui concerne de Hartmann, l’obligation même de devoir produire cette musique - ce que de Hartmann entreprenait de bon cœur - constitue un cas où la musique est mise au service de l’anéantissement de soi. De Hartmann a joué tout ce qui lui était le plus cher; sa musique suggère qu’il l’a perdu.

EXTRAITS MUSICAUX :
(pour accéder aux extraits audio-visuels, cliquez sur les images...)

Thomas de Hartmann : "The Struggle of the Magicians/La Lutte de Mages"
(musique pour un ballet de Gurdjieff)

Gurdjieff Sacred Dance - Sufi Enneagram Dance

Critiques de son œuvre

Coup d'œil sur la nébuleuse des groupes Gurdjieff d'aujourd'hui

Jean-François Revel

Jean-François Revel raconte dans « Le Voleur dans la maison vide, Mémoires » (Plon, 1997) qu'il fut disciple de Gurdjieff autour de 1947. Il le décrit comme « un imposteur et un escroc, dont l'aplomb esbroufeur n'aurait pas dû me cacher l'indigence intellectuelle ». Revel mentionne les rumeurs qui "prêtaient à Gurdjieff une part de responsabilité" dans la mort prématurée de Katherine Mansfield, « car le vieux charlatan prétendait détenir aussi des secrets médicaux, issus d'une mystérieuse tradition, censée être plus efficace que la plate et intellectuelle médecine occidentale. »

Voici un extrait du livre incendiaire de Jean-François Revel « Le Voleur dans la maison vide, Mémoires » :

« Le monarque, environné de sa cour, portait les toasts à la santé de diverses catégories d'idiots - tous les humains qui ne suivaient pas son enseignement. Toasts nombreux, et Gurdjieff veillait à ce que nous finissions la soirée ivres. Avec un oeil infaillible de vieil alcoolique, il repérait les petits verres que certains emplissaient subrepticement d'eau, dont la couleur blanche, croyaient ces naïfs, se confondait avec celle de la vodka. La différence, c'est que l'eau offre à sa surface un ménisque, et pas la vodka. Décelant cette imperceptible convexité, un Gurdjieff courroucé exigeait que le coupable ingurgitât sans délai deux vodkas coup sur coup " à la santé de tous les idiots buveurs d'eau ".

La substance proprement dite de l'enseignement de Georges Ivanovitch Gurdjieff - Ghiorghivantch pour les familiers - rassemblait en un pot-pourri trivial des traits empruntés au vieux fonds universel des doctrines de conquête de la sagesse et de l'illumination spirituelle. Ses principales sources se situaient en Orient, parce que c'est l'Orient qui plaît en Occident, comme le montre par ailleurs, avant et juste après la guerre, le succès des Oeuvres de René Guénon, qui ne séduisirent pas seulement de vieilles rombières crédules, puisque le persifleur Jean Paulhan et même un intransigeant rationaliste comme Etiemble m'en parlèrent, plus tard, avec un évident intérêt.

Tout comme André Breton, et avec encore plus de ferveur, ce qui ne saurait étonner, vu le soubassement anti-intellectualiste du surréalisme. Gurdjieff, pour sa part, amadouait avec cynisme des occidentaux tenus par lui pour des dégénérés, qui avaient répudié la " tradition ", à part d'heureuses exceptions comme les Rose-Croix. Il les invitait à renouer avec cette "tradition" où brillaient les prestiges lointains du Tao-Te King, du yoga, du bouddhisme tibétain, surtout du bouddhisme zen japonais, dans lequel les rapports énigmatiques et brutaux du maître et des disciples avaient tout pour lui convenir.

Quant à moi, je n'avais aucun mal à remarquer les analogies que comportaient ces thèmes - recherche d'une maîtrise de soi et d'un détachement du monde conduisant à une illumination supérieure - avec certains courants et auteurs de la philosophie européenne, de Pythagore, Socrate ou Platon jusqu'à Spinoza en passant par les stoïciens, tous philosophes imprégnés eux aussi, à leur manière et à des degrés divers, de religiosité. La question n'était donc pas, en ce qui me concerne, de savoir quelle attention il fallait accorder à l'étude de morales, de philosophies, de religions orientales qui faisaient somme toute partie du patrimoine de l'humanité. Elle était de savoir pourquoi ma curiosité avait pris la forme d'un sot et dégradant engagement dans le "groupe".

C'est ainsi qu'on nommait la petite église. Et "faire partie du groupe" signifiait suivre Ghiorghivantch, c'est à dire un imposteur et un escroc, dont l'aplomb esbrouffeur n'aurait pas dû me cacher l'indigence intellectuelle. Certes, j'étais en bonne compagnie. Seule la discrétion m'empêche de nommer les gens influents ou célèbres, à l'époque ou par la suite, que j'ai croisés rue des Colonels-Renard. Je puis mentionner ceux qui ont eux-mêmes traité de leur engagement dans des livres, tels Luc Diétrich, René Daumal, Louis Pauwels.

Mais je côtoyai aussi d'actuels ou futurs présidents de grandes entreprises, des hauts fonctionnaires, d'éminents journalistes et directeurs de journaux, des médecins des hôpitaux et professeurs de faculté, des artistes renommés, qui se mêlaient à une faune moins reluisante de petits employés bigots ou d'Anglaises gâteuses mais dévouées et rémunératrices. [.......]

Sans doute, Gurdjieff était-il un adroit histrion dont les artifices en vue de réduire son entourage en esclavage affectif et de constituer autour de lui une cour obséquieuse étaient dignes des meilleurs modèles politiques, artistiques ou mondains. Il sévissait en France depuis les années vingt. Il avait alors créé à Fontainebleau une sorte de phalanstère, dans une propriété appelée " Le Prieuré ", où il menait la vie à grandes guides grâce au denier du culte, et où il avait attiré, parmi ses disciples, Katherine Mansfield. La romancière y était morte à trente-cinq ans, en 1923. Des rumeurs prêtaient à Gurdjieff une part de responsabilité dans cette fin prématurée.

Car le vieux charlatan prétendait détenir aussi des secrets médicaux, issus d'une mystérieuse "tradition", censée être plus efficace que la plate et "intellectuelle" médecine occidentale.

Katherine Mansfield s'en serait remise à lui pour soigner sa tuberculose, ce qui ne pouvait de toute évidence avoir pour résultat que d'en hâter le cours fatal. Quel crédit attribuer à ces imputations ? Je l'ignore.

Je puis en revanche assurer que Gurdjieff fournissait souvent à ses ouailles, dans la confidence de son garde-manger-alcôve, des médecines de sa composition enveloppées d'indéfinissables bouts de papier crasseux et supposées guérir telle ou telle de leurs affections. Cette faveur entraînait, bien entendu, un "don" pécuniaire de la dupe. Le beau, dans cette exorbitante filouterie de notre Esculape caucasien, tient à ce que son "groupe" comptait en permanence des médecins, certains même illustres grands patrons des hôpitaux de Paris.

Or, tant la foi paralyse l'intelligence et la conscience, nul d'entre eux ne s'avisa jamais de le dénoncer pour exercice illégal de la médecine. Discrétion qui constituait, si j'entends un peu de droit, le délit de non-assistance à personne en danger. »

(Extrait de « Le Voleur dans la maison vide, Mémoires » de - Jean-François Revel)

Louis Pauwels

Louis Pauwels indique qu'« après deux ans d'exercices qui m'ont à la fois éclairé et brûlé, je me suis retrouvé sur un lit d'hôpital : thrombose de la veine centrale de l'œil gauche et quarante-cinq kilos. (...) Il me semble que le péché de Gurdjieff est de ne s'être pas retiré à temps. »

« Je pense que ceux qui ont eu, comme moi, la chance d'échapper à Gurdjieff et assez de sérieux pour dresser un vrai bilan de leur séjour chez lui, se considèrent, à juste titre, comme à jamais endommagés mais aussi initiés aux faiblesses et aux pouvoirs essentiels de la nature humaine. »

C'est donc une condamnation contre-balancée par une certaine reconnaissance très ambiguë. mais la mise en garde est sans équivoque :
« Je dis que, pour certains écrivains, l'expérience Gurdjieff, qui est la grande tentation, a ouvert et risque d'ouvrir encore, les chemins de la maladie, du lit d'hôpital et du cimetière ».

(Louis Pauwels – 1952)

La "philosophie" Gurdjieff



La manipulation fait partie intégrante de la philosophie de Gurdjieff

Tout le baratin, ces manigances et ces fioritures (les notes de musique, la numérologie, le cosmique lunaire, les cristaux, l'ennéagramme, etc...) ont pour but d'éloigner du réel, de mystifier et de maintenir dans l'illusion.

Les suggestions entraînent les esprits dans une destruction en règle de la morale et des défenses psychiques et dans la démission de l'individu. Le système est tellement au point que les adeptes croient dûr comme fer que Belzebuth/Gurdjieff était la bonté sur Terre. (Cf : la parabole des moutons hypnotisés).

Dès l'origine, Gurdjieff savait manier les contes, les mythes, les illusions, les effets de miroir sur le bien et le mal, savait profiter de l'épuisement physique et mental, l'alcool ou le manque de sommeil, mais aussi les drogues et l'hypnose (Ouspensky en avait très peur).

Les premiers disciples de Gurdjieff ont passé leur vie à la recherche et au perfectionnement de ces techniques, à en découvrir les effets sur les individus-machines, tout en faisant des recherches philosophico historiques dans les voies que, prétendument, "le grand homme" avait ouvertes : drogues et ésotérismes orientaux, champignons des indiens d'Amérique, transes, extases...

Les générations suivantes ont profité de ces recherches et même coopéré secrètement avec certains gouvernements à cent lieux de leurs connaissances.

Des écoles de gourous...

Aujourd'hui, certains groupes Gurdjieff (de 4ème génération) sont probablement parmi les plus efficaces en termes de contrôle mental des adeptes et continuent de progresser par l'expérimentation: elles manipulent plus rapidement et plus profondément que Moon et la Scientologie qui se targuent parfois de convertir des adeptes en un seul jour.

La nébuleuse secrète des gurdjieffiens est devenue une organisation mondiale qui ne cherche pas les conversions de masse mais qui d'une part crée des gourous (psychopathes ou psychopathes partiels, leaders de sectes dangereuses) pour centres d'expérimentation, et d'autre part infiltre des organismes influents (culturels, financiers, informatiques, de formation pour entreprises,...). La nébuleuse mène une politique à long terme pour les terriens que nous sommes...

Les "4 niveaux" d'organisation du "système"

Il existe 4 niveaux d'organisation selon J.G. Bennett (avec sans aucun doute des sous-catégories de moindre importance pour embrouiller les adeptes).

Aujourd'hui, on peut penser que les "leaders" des groupes connexes ne dépassent jamais le niveau 2 en général, à moins d'être un "ancien" = de niveau 3.

Le 4ème niveau est très secret, une sorte de conseil d'administration mondial avec des têtes pensantes qui préparent le "Meilleur des mondes", une société totalitaire telle que décrite par A Huxley : avec une élite qui dirige et manipule, et des hommes clonés heureux de leur sort grâce au sexe et à la drogue (le "soma",- mieux que la scopolamine-), grâce à la suggestion qui les ramène au niveau de machines, et grâce au clonage... Beau projet en perspective!

(Aldous Huxley, écrivain à succès, frère du premier président de l'UNESCO, fut la caution intellectuelle d'Esalen, la Mecque du New Age, du "développement du potentiel humain", de l'expérimentation du LSD et des petites orgies privées, réservées à une certaine élite américaine. Il était alors en relation étroite avec la fondation Gurdjieff.

Le système Gurdjieff actuel se donne le temps...

Ses dirigeants savent dispatcher les thèmes de réflexion et d'action, encourager telle secte ou tel mouvement intellectuel qu'ils noyautent, voire financent. Les grands thèmes associés à cette société sont tous de « bonnes intentions » c'est-à-dire de « Bonne Volonté », ce qui les associe au mouvement New Age, à l’Écologie, la Toile mondiale, etc… du coup, les groupes ayant adopter des préceptes gurdieffiens sont nécessairement des groupes liés de près ou de loin à l’organisation douteuse d’Alice Bailey « La Bonne Volonté Mondiale ».

Dans leur giron se trouvent :

- "University of Earth" (qui explique bien leur stratégie multiforme) 

- le Groupe de Budapest 

- la Schumacher Society aux USA, le Schumacher College en UK, 

- le CIRET de Nicolescu à Paris (introduit dans l'UNESCO, et par la même ses commissions, l'organisation de ses colloques, à Auroville en Inde, les OMG associées, l'Union Internationale des Associations UIA une plateforme idéale...), 

- l'université holistique au Brésil,... 

- de façon générale nombre de groupes qui pratiquent la transdisciplinarité (rien à voir avec l'interdisciplinarité), et les expériences " transpersonnelles " (traduire les expériences de drogue),...

Leurs dirigeants qui se prennent pour l'élite mondiale ont souvent fait un voyage d'un ou deux ans pour découvrir la réalité du terrain et des grandes expérimentations humaines :
- les Zen Centers, 

- Lindisfarne, 

- Arcocenti (architecture de Paolo Soleri), 

- Naropa Institute, 

- California Institute of Integral Studies qui regroupent la fine fleur des Gurdjieffiens aux USA, 

- Auroville, et Sri Chimnoy en Inde 

- Findhorn en Écosse

...
La division cellulaire...

Dans le niveau 1 se trouvent de simples adeptes dont certains pourront devenir chefs de centres. D'autres moins nombreux pourront passer en niveau 2 et devenir professeur ou "teacher". On peut penser toutefois qu'ils auront été préalablement sélectionnés et que leur passage dans le centre n'aura été qu'un stage de formation. (Un adepte quel qu'il soit ne rentre dans un groupe G qu'après avoir été observé et présélectionné pour jouer un rôle précis dans l'organisation. Il est mis en condition un certain temps avant les 3 réunions au cours des quelles il aura l'impression de décider lui-même de son appartenance au groupe). Les choses sont plus simples lorsque le futur "teacher" aura été sélectionné au sein d'une famille de gurdjieffiens.

Un "teacher" crée un groupe par "division cellulaire" du groupe où il se trouvait.

Il est quelqu'un qui a tout compris: sur le "bien et le mal", sur les techniques de manipulation par le verbe, les drogues, l'hypnose, le "travail"= méditation avec autohypnose. Il quitte avec ostentation, en réfutant le leader qu'il a connu, il écrit parfois un livre "philosophique" (sa thèse de passage en niveau 2, ès gourou) et crée un "groupe dissident" qui n'a de dissidence que l'apparence.

On ne sort jamais du cercle des gurdjieffiens, sauf à en être rejeté pour raison de santé physique ou mentale. Nous connaissons plusieurs cas de telles sorties dramatiques, mais presque personne qui n'en soit complètement sorti mentalement, même dans ceux s'en défendent publiquement : ils réfutent leur " professeur " mais non la doctrine de la 4ème voie .

Le cloisonnement des cellules 

Les cercles des fondations issus de Gurdjieff et Ouspensky sont généralement petits et cloisonnés (5 à 20 personnes à la fois), avec une exception notable toutefois :

- Fellowship of Friends/Apollo Centre en Californie (dépositaire de la marque des GO Centres, et du Directory des contacts dans le monde) où plusieurs milliers d'adeptes passent et/ou s'installent - Le centre a un poids économique non négligeable sur le comté de Yuba, il comprend un vignoble réputé et un musée de la Renaissance et d'arts chinois où s'arrêtent de nombreux touristes - . (Nota : la collection a été vendue il y a quelques années, on ne sait encore à qui)

Le plus souvent toutefois, il s'agit de groupes qui se réunissent en appartements dans des villes universitaires, ou bien dans des centres de lavage de cerveaux à la campagne "in the middle of nowhere", exemples :

- La plupart des GO centres et des centres de la 4th Way

- Linbu (17 centres ou appartements en Scandinavie, Allemagne, Pologne, Italie...)

- les ashram Atmaniketan à Herbern en Allemagne, à Pomona aux USA et à Pondichery en Inde.

Pour leurs réunions plus chic, ils acquièrent (au nom d'une SCI, et après avoir pigeonné un adepte) de belles demeures, symboliques de préférence: prieurés en France, maison historique à Claymont VA aux USA, voire un yacht pour la villégiature de leaders et des transferts de fonds sur la Moselle...

En France, outre les associations connues IDHH et SEHO, citons :

Garum et Khnoum à Locoal-Meudon près de Lorient

Les groupes collatéraux:

Parmi les groupes dérivés de Gurdjieff et de ses disciples (Ouspensky, Bennett, Collin,...), on peut citer:

- SUBUD (qui s'en réclame partiellement)

- School of Economic Sciences qui en applique les méthodes sur les enfants en UK et dans plusieurs pays,

- Prospero,

- la Méditation Transcendentale (issue de la Théoposophie de Blavatsky mais lancée véritablement par des adeptes de G),

- Bhagwan et Osho en Inde, qui en est issue

- Energy World et Wild Goose (issus de Bahgwan, qui a repris une propriété de Linbu donnée par un adepte)

Nous n'avons pas encore pu trouver de liens formels

- avec et malgré le passage à la fois dans la Scientologie et dans ESALEN de Werner Erhart, fondateur d'EST devenu par la suite Landmark Education Corporation - ni encore avec Raël qui a bien dû être initié par quelqu'un.

Au niveau mondial, des indices laissent à penser que le 4ème niveau est une sorte de conseil d'administration, avec des têtes pensantes qui préparent sur le long terme le "Meilleur des Mondes", une société totalitaire telle que celle décrite par Aldous Huxley comprenant une élite qui dirige et manipule, et des hommes clônés et heureux de leur sort grâce au sexe et à la drogue (le "soma",- plus efficace encore que la scopolamine-), et grâce à la suggestion qui les ramène au niveau de machines. Aldous Huxley, auteur à grand succès, connaissait bien les enseignements de Gurdjieff et d'Ouspensky, avant de devenir la caution intellectuelle des expérimentations de drogues sur l'homme dans les années 50 et 60.

Les quelques groupes dont les activités sont apparemment anodines (réunions des 3ème et 4ème âges qui ont connu Gurdjieff, commémorations, publications d'ouvrages,…) cherchent à jouer un rôle dogmatique et de conservation de la mémoire de Gurdjieff. Ils participent donc activement aux objectifs de l'ensemble. Citons à ce propos les différentes Fondations Gurdjieff dont les plus connues sont l'Institut Gurdjieff (Paris 16ème), la Gurdjieff Foundation (USA, Canada), la Gurdjieff Society (UK).

En compilant les témoignages publiés (livres et presse) sur les seuls groupes Gurdjieff ou Gurdjieff-Ouspensky, l'individu éclairer qui sait faire preuve d'un peu de discernement comprendra vite ce que sont ces groupes et leur évidente dangerosité...

Nous ferons chaque fois que possible les parallèles avec l'activité du " Maître" pendant sa vie publique (1914 -1949).

Post scriptum :

À la lisière ou en renfort de tous ces groupes se trouvent des individus, intellectuels, artistes, chercheurs en sciences humaines, etc… apparemment autonomes, mais marqués par le " Travail" selon Gurdjieff. On ne passe pas impunément dans un groupe Gurdjieff sans en être profondément marqué.

Ils agissent dans le sens du Mouvement, par des conférences, des articles de presse, des sites internet tel le CIRET de Nicolescu. Un système de financements privés ou publics permet d'encourager des initiatives de recherche (selon une liste publiée sur internet par " l' University Of Earth " couvrant des domaines très variés tels que : arts, philosophies, civilisations anciennes, sports orientaux, environnement, médecine alternative, astrologie, UFO, cybernétique, recherches avancées en communication, informatique, conquête spatiale,…

Certains de ces groupes influents ont été à l'origine du New Age en Californie (ESALEN et ses prolongements..) et du mouvement Transpersonnel (traduire expérimentation des drogues sur l'homme). D'autres ont créé des sectes qui, bien que non cataloguées comme Gurdjieffiennes, n'en ont pas moins repris bon nombre des techniques et une part de la doctrine.

Nous y classerons : SUBUD de Pak Subuh (puis K. Walker), PROSPEROS de Thane Walker, l'E.S.T. de Werner Erhart, la Méditation Transcendentale du Mahareshi Mahesh Yogi, la Bhagwan Foundation et OSHO de Shree Rajnesh alias Bhagwan, ENERGY WORLD (WILD GOOSE en Grande Bretagne) de Michael Barnett,…

Plusieurs d'entre elles ont été encouragées par des disciples de Gurdjieff qui en ont créé le gourou ou bien l'ont fait venir en Occident et doté de moyens matériels à ses débuts.

OUVRAGE À CONSULTER :

Gurdjieff parle à ses élèves (1914, 1918, 1924), Éditions du Rocher, 2003, 358 p. Views from the Real World, 1973.

L'Annonciateur du bien à venir (1933), éd. l'Originel, 2001, 98 p., traduction de l'anglais (The Herald of Coming Good), et de l'arménien par Serge Troude. 

Trilogie All and Everything (Du tout et de tout)

Récits de Belzébuth à son petit-fils (1950), éd. du Rocher, 1995, 1177 p., traduction du russe par Jeanne de Salzmann avec l'aide de Henri Tracol.

Rencontres avec des hommes remarquables (1960), éd. du Rocher, 2004, 374 p., traduction du russe. Cet ouvrage essentiellement autobiographique a été adapté au cinéma par Peter Brook (« Rencontres avec des hommes remarquables ») en 1978)

La vie n'est réelle que lorsque « Je suis » (1974), éd. Stock, traduction de l'anglais (Life is real only then, when "I am" ).

Selon l'analyse du site Prévensectes, la plupart des groupes initiés par Gurdjieff ou ses disciples seraient des sectes.

Livres et documentations en format pdf :
(pour accèder aux documents, cliquez sur les images correspondantes...)

"Médiums et Voyants de jadis"


Partitions pour piano de Gurdjieff/de Hartmann (en pdf)

1 commentaire:

  1. l'ennéagramme est une porte vers un autre monde . o.stéphane ( le verbe du tarot )

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