vendredi 25 janvier 2013

KRISHNAMURTI (1895-1986)



Jiddu Krishnamurti (ou Jidhu Krishnamurti), (en télougou జిడ్డు కృష్ణ మూర్తి et en tamoul கிருஷ்ணமூர்த்தி), né à Madanapalle (Andhra Pradesh) le 11 mai 1895 et décédé à Ojai (Californie), le 17 février 1986, est un philosophe d'origine indienne promoteur d'une éducation alternative. 

Apparue au sein de la théosophie et de la contreculture des années 1960, sa pensée exerça une influence notable sur des auteurs et des personnalités de différentes disciplines. 

D'abord présenté dès son adolescence par la société théosophique de l'époque comme un messie potentiel, il a opéré un revirement un peu plus tard pour développer une thèse radicalement opposée, reposant principalement sur l'idée qu'une transformation de l'humain ne peut se faire qu'en se libérant de toute autorité. Sa conviction était qu'un tel changement devait passer par une transformation de ce qu'il appelait le "vieux cerveau conditionné de l'homme" ("mutation de la psyché") afin d'accéder à une liberté que ni les religions, ni l'athéisme, ni les idéologies politiques ne seraient capables de produire, puisque, selon lui, elles ne font que perpétuer les conditionnements. 

BIOGRAPHIE

« L'instructeur du Monde » 

Krishnamurti est né en 1895 à Madanapalle au sein d'une famille de brahmanes de l'Andhra Pradesh dans l'Inde sous administration britannique. Huitième enfant masculin, il lui fut donné, selon la tradition hindoue, le nom de Krishna (murti signifiant la forme, ou la manifestation). Sa mère, Sanjeevamma, dont il était très proche, mourut quand il avait 10 ans. Selon la biographie de Mary Lutyens, Il était un enfant de santé fragile et régulièrement battu par ses instituteurs et son père, Narainiah. 

En 1909, il n'a que 14 ans quand, accompagné de son frère Nityananda, il croisa C.W. Leadbeater sur une plage privée dépendant du siège de la Société théosophique, où était employé son père, à Adyar, un quartier de Chennai. 

Leadbeater prétendit avoir décelé chez le jeune garçon une aura exceptionnelle. Leadbeater qui disait pouvoir explorer les vies antérieures des personnes qu'il connaissait aurait découvert que la destinée de Krishnamurti était d'être sur terre le véhicule de l’"instructeur du monde", le "Lord Maitreya" que les théosophes attendaient. 

Cet "instructeur" est décrit comme une figure messianique combinant divers aspects du Christ, du Maitreya bouddhiste, et des avatars hindous. Krishnamurti considéra cette période d'éducation à la société théosophique comme salutaire, y compris sur le plan de sa santé. Il déclara que sans la rencontre avec Leadbeater, il n'aurait pas survécu.

Afin de le préparer à son destin, il commença à étudier auprès de Leadbeater et d'Annie Besant qui dirigeaient à cette époque la Société théosophique.



"Alcyone"

Pour le protéger, il fut alors appelé "Alcyone". Il fut demandé le plus grand secret aux théosophes connaissant son existence et son identité. D'autre part, Annie Besant devint une nouvelle mère pour lui, au point qu'elle obtint du père la garde légale de Krishnamurti et de son frère Nitya. Elle perdit la garde par une décision de justice en 1913. 

En effet, le père essaya de récupérer la garde de ses enfants, en utilisant le scandale Leadbeater de 1906-1907.  (Leadbeater déclarait que la masturbation servait à libérer les tensions sexuelles et donc à libérer l'esprit en vue d'une quête spirituelle. Il fut accusé de pédophilie en 1906 pour avoir enseigné comment se masturber à des adolescents. Il était accusé d'en avoir invité dans son lit et d'avoir pratiqué la "réciprocité ".

Un comité d'enquête au sein de la société théosophique fut mis en place, composé entre autres de Henry Steel OlcottAlfred Percy Sinnett et G. R. S. Mead. En mai 1906, le comité laissa Leadbeater démissionner. Cependant, il fut réintégré par Annie Besant en 1908. Cette décision controversée de la présidente de la société entraîna une scission au sein la société).

Après avoir perdu en appel, Annie Besant dut rendre les garçons à leur père. Ils étaient alors avec elle en Grande-Bretagne et elle refusa de les renvoyer en Inde. Un ultime appel fut déposé auprès du Privy Council qui décida de laisser Krishnamurti et son frère décider. Mais, ils ne furent pas consultés. Il fut considéré que le fait de ne pas retourner en Inde exprimait leur volonté de rester en Grande-Bretagne, et donc avec Annie Besant. De la même manière, il fut considéré que le père ne faisant pas appel de la décision du Privy Council pouvait signifier qu'il l'acceptait. La victoire d'Annie Besant pour la garde de Krishnamurti et son frère était donc toute technique.


Krishnamurti en Angleterre en 1911 avec son frère Nitya et les Theosophistes Annie Besant et George Arundale

Durant son éducation, en 1910, Krishnamurti passa deux jours et deux nuits dans les appartements d'Annie Besant, enfermé seul avec Leadbeater pour son "initiation". Il serait alors remonté dans ses vies antérieures (il en fit le récit dans son ouvrage "The Lives of Alcyone" publié à l'automne 1910) et aurait finalement été accepté par les mahatmas de la théosophie. 

Ses tuteurs travaillèrent à polir son image publique, son apparence, et lui inculquer une attitude de détachement, un flegme britannique, dans sa présence, qu'il conserva toute sa vie. 

Dès 1910, les plus zélés des théosophes d'Adyar créèrent un "Order of the Rising Sunqui" vénérait l’"instructeur du monde" en la personne d'Alcyone.

Cet ordre, considéré un simple culte de la personnalité fut dissout en 1913. Il fut cependant assez vite remplacé par l’"Order of the Star of the East" (Ordre de l'Étoile d'Orient) créé et sanctionné par Annie Besant. Elle considérait que cet ordre n'était pas lié à la théosophie, mais était l'ébauche d'une future religion universelle. 

(Cette création fut d'ailleurs une des raisons du départ de Rudolf Steiner qui quitta la société théosophique pour créer sa société anthroposophique. D'autres théosophes protestèrent énergiquement et démissionnèrent).

En 1911, Annie Besant emmena donc Krishnamurti et son jeune frère à Londres où il rencontra Emily Lutyens, fille de l'ancien Vice-roi des Indes, Robert Lytton et épouse de l'architecte Edwin Lutyens. Ce dernier fut envoyé à Delhi comme architecte officiel en 1912. Emily Lutyens, sur qui Krishnamurti avait fait forte impression, se convertit à la théosophie afin de passer le plus de temps possible à ses côtés. Elle apporta aussi un important soutien financier à l'éducation du jeune homme, le sien et celui de deux amies, l'Américaine Mary Dodge et la comtesse britannique Muriel de la Warr.

Les deux frères passèrent toute la première Guerre mondiale en Grande-Bretagne, se déplaçant de résidence en résidence et passant leur temps à étudier et à s'occidentaliser. L'idée était à terme de réussir à les faire entrer à Oxford. Cependant, le caractère "rêveur" et le manque d'attention de Krishnamurti finit par faire renoncer leur mère adoptive, restée en Inde et engagée dans la lutte pour l'indépendance, à cet espoir. Elle en vint même un temps à douter qu'il était vraiment l'"instructeur" attendu. 

En 1921, il contracta une bronchite qui devint une maladie chronique chez lui. C'est aussi la même année où il tomba amoureux d'une jeune femme de 17 ans, Helen Knothe, dont les parents étaient impliqués dans la société théosophique. Mais il s'en sépara rapidement à cause du sens de sa mission à venir qui devait, selon lui, lui empêcher toute vie normale18. L'année suivante, il se rendit en Australie puis en Californie avec Annie Besant. À Ojai, elle acquit un terrain d'où elle espérait que se produirait le renouveau que devait apporter Krishnamurti. 

À l'été 1922, selon ses propos rapportés par Lutyens, il vécut une expérience "transformatrice" qui, bien que systématiquement accompagnée de violents maux de tête, fut qualifiée par lui-même d'éveil spirituel, qui devait changer sa vie. Ce qu'il baptisa "le processus" (the process) et qu'Annie Besant appelait le réveil de la Kundalinî et au cours duquel il dit avoir ressenti une "Présence", une "bénédiction", une "immensité", un "état Autre" (Otherness) et un sens du "sacré" auxquels il fit souvent référence en ces termes dans son enseignement, en particulier dans ses "carnets", réapparut de façon récurrente tout au long de sa vie. À cela s'ajouta la mort de son frère en 1925, à l'âge de 27 ans qui l'ébranla fortement. Si bien qu'après avoir passé toutes ces années soumis à la vision que ses tuteurs avaient de lui, déclarant même souvent qu'il ferait tout ce qu'on lui demandait, il commença à partir de ces événements à contester les directives qui lui avaient été imposées sans pourtant tout à fait désavouer l'idée selon laquelle il serait ce messie.

En août 1929, il décida de dissoudre l'organisation mondiale, établie en 1913, pour le soutenir et qui avait été appelée « l'Ordre de l'Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit : aucune religion, aucune secte. ».

Il considérait que les rituels et exercices spirituels de cet ordre étaient au mieux dénués d'intérêt et au pire absurdes. Il déclara aussi que dans cet ordre, la seule personne réellement sincère était Annie Besant. Son opposition à toute notion de sauveur, de gourou ou de tout médiateur pour faire l'expérience de la "réalité" allait devenir sa ligne directrice. Selon Mary Lutyens, le dernier lien avec la société théosophique fut rompu avec la mort d'Annie Besant en 1933. 

Krishnamurti s'exprima en ces termes :

« Toute autorité, particulièrement dans le domaine de la pensée, est destructrice, une mauvaise chose. Les leaders détruisent leurs adeptes et les adeptes détruisent les leaders. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez mettre en doute tout ce que l'homme a accepté comme valable ou nécessaire. » 

« Mais ayant réalisé que nous ne pouvions dépendre d'aucune autorité extérieure, il reste l'immense difficulté à rejeter l'autorité intérieure de nos petites opinions, nos savoirs, nos idées et idéaux. » 

Une autre direction...

Il se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées qui firent rapidement de lui une attraction inhabituelle en son temps par la distance parfois virulente qu'il prenait avec les religions et les gourous, même s'il finissait, inévitablement, par être perçu lui-même comme tel. 

De 1930 à 1944, ses tournées étaient organisées par la Star Publishing Trust (SPT) sous la direction de D. Rajagopal (Desikacharya Rajagopal) lequel prenait en charge tous les aspects matériels qui ennuyaient Krishnamurti. C'est à cette époque que Krishnamurti a vécu une relation amoureuse avec l'épouse américaine de D. Rajagopal, Rosalind. Leur fille, Radha, ajoute dans le livre qu'elle a consacré à ses années auprès de Krishnamurti (Vies dans l'ombre, avec J Krishnamurti), qu'il s'agissait probablement de sa première véritable relation intime avec une femme. Toujours selon Radha, Rosalind avait été particulièrement proche de Nitya, le frère de Krishnamurti, avant sa mort et avait fréquenté les deux frères de façon quotidienne, les maternant tous deux dans leurs nombreux moments de détresse ou de maladie, et cela bien avant son mariage avec D. Rajagopal (que Krishnamurti aurait perçu comme une formalité sans importance et n'affectant pas sa relation privilégiée avec elle). Sa biographe, Mary Lutyens évoque également cette relation. 

C'est à cette même époque qu'il fonda les premières écoles selon sa vision de l'éducation (Rosalind fut la directrice de la Happy Valley School). Dans cette période, Krishnamurti réside principalement à Ojai en Californie où il reçut la visite de plusieurs personnalités comme Aldous Huxley, Igor Stravinsky, Bertold Brecht, Thomas Mann, Bertrand Russell ainsi que Greta Garbo qui se présenta à lui comme une aspirante spirituelle sérieuse. 

Aldous Huxley étant, parmi eux, l'ami le plus proche. En 1946, il subit une sérieuse infection des reins qu'il ne souhaita d'abord pas voir soigner, ne tolérant que la présence de Rosalind Rajagopal près de lui. Il accepta plus tard d'être soigné. 

Il commence à évoquer un thème qui devait revenir fréquemment dans ses conférences, celui de la "véritable méditation", dont le sens est différent de celui qui était acquis à cette époque. De la même façon, il critiquait fréquemment la division faite entre le conscient et l'inconscient. 

À partir de 1950, il vit en partie à Paris, et rencontre Léon de Vidas qui possédait une propriété à Cuzorn, dans le Lot-et-Garonne, où il séjourna et rédigea une partie de "Commentaires sur la Vie", sur le conseil d'Aldous Huxley. S'ajoute alors, à ses discours sur l'introspection méditative, des critiques acerbes des structures de la société. En 1953 son premier ouvrage est publié par un éditeur important et non spécialisé en spiritualité. 

Krishnamurti se plaignait fréquemment autant de la vénération dont il était l'objet en Inde que de l'approbation molle et inactive de ses auditoires occidentaux. Il mentionna un cas de conférence durant laquelle il se réjouit d'avoir entendu un désaccord de la part de son public, indiquant qu'ils commençaient à penser par eux-mêmes. En Inde, sa popularité était très importante et il rencontra plusieurs autres figures notables de la spiritualité telles que Ramana Maharshi, Mâ Ananda Moyî et Vimala Thakar. Plus tard dans sa vie, il rencontra également Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama, avec qui il eut une relation de respect mutuel.

En 1960, il rencontre le physicien David Bohm dont les vues lui semblent proches des siennes. Les deux hommes devinrent rapidement amis et enregistrèrent un certain nombre de dialogues qui se déroulèrent sur une vingtaine d'années. Selon certains observateurs, le langage de Krishnamurti gagna en précision et en vocabulaire au contact des scientifiques. C'est à partir de ces années 1960 que son entourage note une modification générale de son comportement, auparavant joyeux, rieur, il devint plus sérieux parfois impatient et véhément. Il interpelle son auditoire de façon plus radicale, comme s'il y avait une urgence à comprendre ce qu'il voulait leur transmettre. Or, ce changement intervient au moment des divers mouvements de la contreculture, et il apparaît à beaucoup trop austère dans cette période, ce qui ne l'empêcha pas d'organiser des rassemblements à succès à Saanen en Suisse, dédiés aux "personnes sérieuses, concernées par les énormes défis de l'humanité". 

Krishnamurti n'admettait pas l'existence d'un changement intervenu en lui, il ne reconnaissait qu'un changement dans la "formulation, le vocabulaire et la gestuelle". 

En 1970, il rencontre Indira Gandhi à plusieurs occasions et Pupul Jayakar, proche de Gandhi, affirme que Krishnamurti aurait eu une influence sur la politique indienne après ses discussions. 

En 1980, il réaffirme les grandes lignes de sa philosophie dans une déclaration écrite connue sous le nom "le cœur des enseignements". Au même moment, il affirme à son entourage que l'expérience intérieure, le "processus", qu'il décrivait les premières années, avait pris une force nouvelle, que ce mouvement intérieur aurait atteint la "source de toute énergie" et qu'il ne restait en lui qu'"espace incroyable et une immense beauté". 

En 1981, à la suite d'une grippe qui l'affecta profondément, au point de dire qu'il lui aurait "été plus facile de se laisser mourir que de survivre", il commença à évoquer plus fréquemment le thème de la mort dans ses écrits et ses conférences. Bien que dans les années 1980, certains notèrent des signes de fatigue physique et mentale, après une vie où s'étaient succédé diverses maladies, il continua à donner une moyenne de 120 conférences par an jusqu'à sa mort. Son mode de vie était austère et rigoureuse, il ne fumait pas, ne buvait pas d'alcool, ne consommait pas de caféine et faisait un exercice physique régulier. 

À l'âge de 90 ans, il s’est adressé aux Nations unies sur le sujet de la paix et de la conscience et a reçu la Médaille de Paix de l'ONU pour l'année 1984. 

Son dernier entretien public eut lieu à Madras, en Inde, en janvier 1986, un mois avant son décès, à Ojai, en Californie. S'étant préparé à sa mort, il avait demandé que personne ne soit désigné ou ne se désigne comme son représentant, interprète ou porte-parole. 

Au cours d'une des dernières réunions avec son entourage, il aurait également demandé que "ses résidences ne deviennent pas des lieux de pèlerinage et qu'aucun culte ne soit développé autour de sa personne". Il mourut en février 1986, quelques semaines après qu'un cancer du pancréas avait été diagnostiqué. 

La pensée de Krishnamurti 

La pensée de Krishnamurti est, selon lui, résumée dans son texte de 1980 "Le cœur des enseignements". Il se fonde sur sa citation de 1929, selon laquelle "La Vérité est un pays sans chemins".

L'acquisition de cette "vérité" (qu'il appelait aussi "l'art de voir") ne peut, selon lui, se faire au travers d'aucune organisation, aucun crédo, aucun dogme, prêtre ou rituel, ni aucune philosophie ou technique psychologique. Elle serait mieux connue par le miroir des relations et l'observation du contenu de son propre esprit. Les images, les symboles, les idées, les croyances seraient toutes des obstacles et la cause des difficultés humaines. La perception de la vie serait conditionnée par les concepts enracinés dans l'esprit. L'individu ne serait ainsi que le produit superficiel d'une culture. À partir de ce constat, une liberté peut être entrevue dans l'observation attentive de son propre manque de liberté. La connaissance du mouvement de ses propres pensées révèle l'esclavage au passé, la division entre le penseur et sa propre pensée, l'observateur et l'objet d'observation, l'expérimentateur et son expérience. Quand cette division se résorbe, l'observation "pure", libérée du temps et des conditionnements provoquerait une mutation radicale de l'esprit. Bien que sujet britannique par sa naissance dans la période où l'Inde était sous administration britannique, puis résident américain (un visa qu'il devait renouveler pour demeurer à Ojai), il se disait libre de toute nationalité (comme de toute culture ou religion) parce que, selon lui, l'attachement à la nationalité provoque la séparation qui est à son tour à l'origine des conflits. 

Les écoles Krishnamurti 

Krishnamurti est à l'origine de plusieurs écoles : de la KFI, Krishnamurti Foundation Trust en 1968, du Centre éducatif Krishnamurti de Brockwood Park en 1969 et d'Oak Grove à Ojaï en Californie en 1975. Plusieurs écoles ont été ouvertes en Inde, à Rishi Valley, et Rajghat Besant, auxquelles il rendait visite tous les ans. Une autre école a été créée à Wolf Lake au Canada. 

Selon Krishnamurti, leur vocation était de susciter l'apparition d'une nouvelle génération d'êtres humains, libre d'égocentrisme et de permettre à la fois à l'enseignant et à l'enseigné d'explorer non seulement le monde du savoir mais aussi leur propre pensée et leur propre comportement. 

Le paradoxe Krishnamurti



Krishnamurti était connu pour critiquer la pensée, la religion et la philosophie. Ce qui lui faisait répondre, quand on le questionnait sur son statut, qu'il n'était ni penseur, ni gourou, ni philosophe. Enfant au regard vague, peu enclin aux études, fragile, il a été propulsé "messie" à l'adolescence, sous le tutorat de personnalités de la théosophie avant de prendre une direction apparemment très opposée aux projets théosophiques, pour finir par être vénéré par des milliers de personnes comme un maître spirituel. 

Selon le professeur de philosophie Raymond Martin, la pensée de Krishnamurti est assez éloignée de la philosophie académique, particulièrement dans la tradition analytique. Il trouve cependant des similitudes avec la méthode socratique et l'enseignement originel de Siddhārtha Gautama. Toujours selon ce philosophe, l'approche de Krishnamurti s'apparente plutôt à une "méditation guidée". 

Des personnalités de tous bords ont cependant mentionné avoir été influencées par Kirshnamurti, comme Joseph Campbell, Jackson Pollock Beatrice Wood, Alan Watts et plus récemment Eckhart Tolle ou Deepak Chopra. Iris Murdoch rencontra également Krishnamurti mais selon Lutyens cette association ne produisit aucune étincelle. Bien que peu connu dans les milieux académiques, il a eu des entretiens avec Fritjof Capra, George Sudarshan, Jonas Salk et Rupert Sheldrake. 

Controverses

Une carte de membre de l'"Ordre de l'Étoile d'Orient", lequel avait été fondé pour la promotion de "l'instructeur mondial" que devait devenir Krishnamurti. Ce dernier a ensuite rejeté ce projet pour fonder son propre enseignement 

Un conflit avec D. Rajagopal, directeur du Star Publishing Trust et organisateur des activités de Krishnamurti, au sujet de droits d'auteurs les conduisit tous deux dans une bataille légale qui eut raison de leur amitié. Le conflit qui débuta officiellement en 1971 dura sur plusieurs années. Une quantité importante d'ouvrages retournèrent en la possession de Krishnamurti de son vivant mais l'affaire n'arriva à son terme qu'après sa mort. Certains documents sont cependant restés en la possession de D. Rajagopal. Les échanges verbaux et écrits des deux parties étaient si acerbes, et certains rendus publics, que la réputation de Krishnamurti fut ternie durant cette période. Selon Lutyens, cela était dû au ressentiment consécutif à la perte d'influence progressive de Rajagopal sur Krishnamurti. 

Selon Radha, la fille de Rajagopal, les causes sont simplement en rapport avec le litige lui-même. Mais c'est aussi à cette occasion que la relation amoureuse de Krishnamurti avec la femme de Rajagopal apparut au grand jour. Krishnamurti s'expliqua à ce sujet en déclarant qu'on attendait toujours de lui qu'il soit un "messie" malgré son éloignement de la théosophie et en évoquant un "conditionnement" de son entourage au sujet de ce que devrait être le "comportement idéal d'un enseignant spirituel". 

David Bohm se dit également choqué de la révélation de cette liaison amoureuse. Mais ce dernier évoquait une autre raison à la distance qu'il prit à certaines périodes avec Krishnamurti : il trouvait qu'il y avait autour de lui une attitude révérencieuse excessive dans son cercle privé, une attitude constante dont, selon lui, Krishnamurti ne semblait pas vouloir discuter. Enfin, il jugeait que Krishnamurti recourait occasionnellement à des manipulations oratoires quand il était confronté à certaines questions ou certains défis. 

La vie privée de Krishnamurti n'a jamais été publique de son vivant, il ne l'évoquait jamais dans ses conférences, ne parlant jamais de lui, ou toujours à la troisième personne, selon ses dires afin que "l'attention ne soit pas sur l'orateur mais sur ce qu'il dit". La biographie de 1991 de Radha Rajagopal qui avait vécu plusieurs années dans la résidence de Krishnamurti, fut la première cause de controverses. Le portrait qu'elle faisait de Krishnamurti était en effet très différent de celui de Lutyens, par exemple, au point que cette dernière publia divers droits de réponses et réfutations. 

Selon Radha Rajagopal, les personnes qui connaissaient bien Krishnamurti lui trouvaient une "double personnalité", l'une confiante, forte, charismatique et une autre, quand il n'enseignait pas où il semblait vulnérable et démuni, parfois puéril. Le passage de l'une à l'autre aurait plus d'une fois surpris ses proches. Pour certains il n'était qu'inspirant, amical et pour d'autres, il pouvait être très froid et manquer de tact. 

L'insistance de Krishnamurti sur l'inutilité voire la dangerosité de chercher "une aide extérieure" a produit de nombreuses réactions, exprimées fréquemment au cours de ses conférences, sur un éventuel manque de compassion. Lutyens indique dans sa biographie que le message de Krishnamurti n'était pas destiné à fournir un soutien psychologique ou des solutions clé en main mais voulait inciter les auditeurs à trouver leurs réponses eux-mêmes. 

Enfin, pour beaucoup d'observateurs, l'ironie suprême tient dans le fait que Krishnamurti soit généralement considéré comme un des gourous les plus notoires du xxe siècle après avoir été celui qui avait le plus critiqué ce genre de statut, sans l'avoir, selon certains, assez franchement combattu pour lui-même.

3 commentaires:

  1. faussurie marie-paule13 novembre 2015 à 13:53

    il n était pas un gourou.les gens trahissent les pensées sincères de cet homme à l ésprit libre . à bon entendeurs, salut.

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  2. Il est tout aussi puéril de résumer une personne à une seule phrase comme vous le faites, vous ne l'avez pas cotoyé donc vous ne pouvez dire s'il était sincère ou quoi que ce soit d'autre. A bon entendeur salut !
    Eva

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  3. En lisant Krishnamurti, j'ai notée beaucoup de fois le conseil de non pas considerer le persone Krishnamurti - mais simplèment lire et penser sur ce qui est dit. Desormais, en contraire, j'ai lire un certain nombre de references - entrevistes, citations - qui revellent un Krishnamurti qui parfois a s'afirmée en certaines moments comme une persone trop speciale. Comme dit cette biographie "sans l'avoir, selon certains, assez franchement combattu pour lui-meme" [le condition de guru spirituale]. Je n'ai pas totalmente confirmée ces opinions dans les texts, mais en supposant qui sont vrais, nous avons parfois une question de vanité personale, ou même de interest en situations pratiques qui le position de guidée spirituale pouvent proportioner - specialmente le second ne semble pas de être toute contraire aux enseignements de lui, qui parle en comprendre le exterieur et vivre cette comprension. Nous averions deux possibles interpretations de Krishnamurti, pour autant: une en qui le maxime de "ignorer le parlant, qui q'il soit, penser pour soi-même" est posée rigidement, et autre en que considerons Krishnamurti une persone speciale. De curieuse manière, si nous pensons qui Krishnamurti n'etait pas une persone avec si tant de ethique, ce pouvait resulter en un reforce et aid en la primiere interpretation. Ce nous aiderait en ne considerer pas Krishnamurti comme le personne "qui a reussi", comme un modèle, nous avons parfois de instinte de rechercher modèles humaines... Et voir Krishnamurti comme imperfect nous aid a ire contre cette instinte. Il y a une ecrivain bresilienne, appelé "Guimarães Rosa", qui semble être fort inspirée de lecture de Krishnamurti. Il refusait en conceder entrevistes, mais il y a fait une exception pour une petit fille de sont famillie, et en cette entreviste il a dit "Un écrivain est une plainte de banane qui a dejá donne grappe", en signifiant qui il n'avait le que dire en une entreviste de important, plus important etait les textes - une opinion très rapprochée de la "1ª" interpretation de Krishnamurti que j'ai mentionée. Guimarães Rosa aussi, parfois, en autres entrevistes, peux-être ai sinalizée le contraire, en donée pour soi-même de importance. Mais c'est ne pas la vanité chose instintif et naturel dans le humaine? Le fait est que, dans le 1ª interpretation, les choses qui se pasent dans la vie personelle de cettes écrivains ne changent le possibilité qui nous avons de aprener avec ils. Nous devons, toutefois, être cautelée, si ils nous semblent de persones parfois non ethiques. Mais, avoir cautelée et penser pour nous-mêmes, ce n'est pas ce qui ils ont de plus frequentment nous aconseillé?

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