jeudi 21 février 2013

PIERRE PIOBB (1874-1942)


Pierre Vincenti (1874-1942) dit Pierre Piobb ou P. V. Piobb fut un occultiste célèbre.

Pierre Vincenti fut connu sous le pseudonyme de Pierre Piobb ou P. V. Piobb, rappelant le lieu de naissance de son père, le comte Vincenti, la commune de Piobetta ou Piobbeta en Haute-Corse. Son père avait été médecin-major aux Zouaves pontificaux.

Orphelin très jeune il se fait émanciper et parcourt l'océan Arctique et la Méditerranée. En Italie et en Espagne, il recherche les manuscrits occultistes ; il traduira ensuite les œuvres de Robert Fludd.

Il s'installe à Ajaccio comme directeur du journal L'Écho de la Corse en 1893-1894 et tente vainement de secouer les hommes politiques corses. Ruiné, il rentre à Paris. Il consacre alors sa vie à l'occultisme et au journalisme parlementaire. Il rédige son célèbre « Formulaire de Haute Magie », publie de nombreux livres consacrés aux sciences occultes et prononce des conférences. Sans jamais prétendre être un initié il donne également un enseignement proche de la Rose-Croix et du martinisme à un cercle de disciples. Ses livres sont traduits en plusieurs langues.

Il aurait influencé les surréalistes comme André Breton et Pierre Mabille. Il s'oppose au fascisme mussolinien et aux visées de l'irrédentisme italien sur la Corse. Il s'efforce d'être un lien entre les Corses de droite et de gauche, réunissant auprès de lui des personnalités insulaires aussi ostensiblement antagonistes que Jean Chiappe ou César Campinchi pour de discrètes rencontres.

Parmi les maîtres dont il avait suivi les cours en Sorbonne, de 1892 à 1898, il en est quelques-uns dont il conserva toute sa vie un souvenir ineffaçable. C'étaient, pour les lettres, Emile Faguet, Ernest Lavisse et Emile Gébhart ; pour les sciences, le biologiste Yves Delage et l'astronome Deslandes. Sur leur conseil, encore que cela puisse paraître paradoxal, Piobb, en 1897 – et cette date est indiquée au bas de la préface de son volume intitulé Vénus, paru en 1908, - dirigea ses pensées vers les sciences de l'antiquité que, voici une cinquantaine d'années, méconnaissaient et même méprisaient - le mot n'est pas trop fort - la plupart des savants officiels. Les ouvrages de Berthelot sur l'alchimie et de Bouché-Leclerq sur l'astrologie grecque étaient plus faits pour déconsidérer ces sciences que pour inciter les chercheurs à les étudier. Tout au contraire, Piobb voulut profiler de son savoir dans les langues mortes et de sa très grande compréhension scientifique pour élucider les textes volontairement obscurs que les hermétistes nous ont légués. Il avait remarqué que les littérateurs, insuffisamment instruits en sciences, commettaient de lourdes erreurs, et que les hommes de sciences, mal informés de la valeur des mots, saisissaient souvent à contre-sens les conceptions exposées.

L'idée directrice, qui est à la base des travaux entrepris par Pierre Piobb, est la suivante : il est impossible que les anciens, dont les civilisations se montraient extraordinairement brillantes, aient raisonné en matière scientifique, d'une manière aussi illogique et aussi ridicule que le prétendaient les auteurs modernes. Donc il y a lieu de réviser tout ce que les modernes ont dit des anciens et de redresser toutes les erreurs commises dans l'interprétation des vieux auteurs.

Pour arriver à ce résultat, il fallait être autant un « littéraire » qu'un « scientifique », dualité qui existait au plus haut point chez Piobb. Aussi a-t-il pu être très justement qualifié : « homme de lettres et homme de sciences ». Mais cette manière de voir devait l'entraîner très loin et l'écarter de plus en plus des opinions courantes. Il arriva même souvent à être en contradiction avec les occultistes.

Ces surprenantes dispositions pour les sciences et la philosophie qu'il montra dès sa jeunesse et que ses illustre, professeurs surent cultiver et développer, Piobb les expliquait par l'hérédité : hérédité paternelle d'abord, hérédité plus lointaine ensuite. Il aimait il rappeler qu'un de ses ancêtres, Antoine Joseph Vincenti, prieur du couvent d'Alesani en 1720, au lieu même où, seize ans plus tard, l'aventurier Théodore de Neuhof se proclamera roi de Corse, avait laissé un traité de philosophie et des notes de psychologie.

Dès 1903, Piobb avait pu résumer à lui seul, et pour son compte personnel tout ce que la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque de l'Arsenal et même le British Museum renfermaient en manuscrits et en imprimés de tout genre concernant les sciences ésotériques.

Ayant ainsi en mains une documentation de tout premier ordre et servi, en outre, par une mémoire sans défaillance, Piobb publia en 1907 son premier ouvrage sur ces sujets mal connus. Ce fut le Formulaire de Haute-Magie, compendium très précieux de toutes les pratiques employées dans l'antiquité et au Moyen-Age, dont il donna, en 1937 une nouvelle édition revue et considérablement augmentée.

En 1908 paraissait une étude mythologique, intitulée Vénus qui fut traduite à l'étranger et qui eut un grand retentissement : au cours d'un congrès à Oxford, Salomon Reinach fut amené, en en parlant, à faire d'importantes réserves sur la façon dont, jusqu'alors, on avait entendu et expliqué les conceptions gréco-romaines.

L'année suivante, Piobb prend position, dans la Revu des Revues, avec un article sensationnel sur la Fabrication de l'Or, que toutes les revues d'Europe reproduisirent et qui donna lieu à changer l'ordinaire manière de voir en ce qui concerne l'alchimie.

C'est encore en 1907 et en 1908 que parurent les deux volumes de l'Année occultiste, recueils de la plus haute importance à consulter pour se rendre compte des travaux accomplis par de nombreux chercheurs au cours des années indiquées, d'ailleurs particulièrement actives. Il estimait, en effet qu'on atteignait alors le point culminant dans cet ordre d'idées scientifiques, sans toutefois que s'en aperçut le grand public, qui ne s'y intéressait pas. Les relations et analyses de ces diverses recherches ont été entièrement écrites par Piobb, qui en est ainsi l'unique rédacteur et non le directeur.

Vers le même temps, Piobb mit au point certaines lois retrouvées par lui dans de vieux manuscrits et concernant les facultés psychiques d'après les déterminations astrologiques. Ayant eu la chance de découvrir un sujet remarquable qui s'ignorait, le journaliste Henri Christian, il accomplit avec lui diverses expériences retentissantes. Celles-ci démontraient, d'une manière péremptoire, la possibilité de l'extériorisation des facultés sensorielles. Dans le monde occultiste, on les dénomma, d'ailleurs improprement : « Sorties en astral ». Le monde savant en fut ému : les professeurs d'Arsonval et Georges Dumas s'y intéressèrent particulièrement. Ces expériences sont relatées tout au long dans l'Année occultiste 1907.

Toujours en 1907, Piobb fit la connaissance de Charles Barlet, dont il ne tarda pas à devenir l'ami. Barlet avait réuni autour de lui un petit groupe de chercheurs en astrologie, qui constitua le noyau d'où, quatre ans plus tard, sortit la Société des Sciences anciennes. Piobb en fut le fondateur et le président. L'un des buts qu'il poursuivait en créant cette Société était d'élargir le plus possible le domaine des recherches en les étendant à toutes les branches : il avait donc besoin de nombreux collaborateurs spécialisés. L'autre but, et c'est pourquoi il en assuma la présidence, était de faire admettre la légitimité de semblables travaux.

Sa position dans le monde savant et ses relations dans le monde politique ne permettaient qu'a lui seul de faire reconnaître officiellement le nouveau groupement. Car, aux environs de 1911, on ne pouvait guère parler d'astrologie sans être aussitôt traité de visionnaire. C'est donc à lui, et à lui seul, que la Société des Sciences anciennes dut de pouvoir prendre rang parmi les sociétés savantes reconnues par le Ministère de l'Instruction publique.

L'activité de la Société se manifesta par des cours professés sur les divers sujets étudiés par ses membres. C'est au Palais du Trocadéro, aujourd'hui démoli, que, pendant trois ans, Piobb exposa à ses nombreux auditeurs les « Conceptions astrologiques du Moyen-Age ». Dans la même salle, d'autres cours étaient faits, notamment par Albert Jounet, Paul Vuilliaud, Oswald Wirth, André Godin, Edmond Du Roure de Paulin et moi-même, respectivement sur le Zohar, la Kabbale hébraïque, le symbolisme chaldéen, l'ésotérisme égyptien, l'hermétisme en héraldique et la médecine spagyrique. Et nous passons sous silence les multiples conférences qui remplissaient les séances ordinaires de la Société : leur nomenclature n'en finirait pas.

Toutes ces leçons, toutes ces communications révélèrent au monde savant tout un domaine absolument ignoré et inexploré...

La reconnaissance officielle de la Société des Sciences anciennes avait désigné Piobb, en 1910 et en 1913, pour les fonctions de vice-président du Congrès international de Psychologie expérimentale. Il a d'ailleurs mis au point toutes les recherches de cette époque dans son livre : « L'Évolution de l'Occultisme et la Science d'aujourd'hui », paru en 1911.

Malheureusement, la guerre de 1914 vint arrêter ce bel élan. Celui-ci ne put être repris par la suite à cause du bouleversement que les circonstances avaient apporté dans la situation de ceux qui restaient : car les rangs de ces hardis novateurs s'étaient considérablement éclaircis, tant du fait de la guerre qu'en raison de l'âge et de la maladie.

Pendant dix ans, on n'entendit plus guère parler de Piobb comme occultiste. Par contre, il était très répandu dans le journalisme et dans les milieux parlementaires et politiques, comme représentant à Paris du maréchal Lyautey, puis des résidents généraux qui lui succédèrent. Il fit même, à maintes reprises, des séjours au Maroc.

En 1924, le regretté Charles Blech, qui lui portait beaucoup d'amitié, bien qu'il le sût assez éloigné des idées théosophiques, offrit à Piobb la salle de sa Société, avenue Rapp, pour faire part au public de ses recherches sur le texte des prophéties de Nostradamus.

En 1927, une série de conférences données au même endroit attira une foule énorme. Dès la première, ce fut un succès sans précédent. Malgré l'entassement de l'auditoire, personne ne bougea au cours des trois heures qu'elle dura. Nul ne se rossa d'écouter l'orateur, qui parlait d'abondance et avec entrain, exposer, sans aucune fatigue apparente, un sujet qu'il possédait à fond. Le livre qui fut publié ensuite sur le « Secret de Nostradamus » eut un très grand retentissement dans la France entière.

Cependant, ainsi qu'il l'a déclaré et expliqué depuis dans « Le Sort de l'Europe », publié en 1939, il n'avait pu, alors, percer le mystère de ce texte que l'on attribue à Nostradamus et où l'on croit généralement trouver des prophéties. Ce nouvel ouvrage expose, commente et critique la non moins célèbre prophétie de saint Malachie sur les papes...

D'après Piobb, « ce dernier texte, qui correspond à celui dont l'auteur passe pour être Nostradamus, constitue uniquement un fil chronologique de directives destinées à faire comprendre les temps nouveaux que nous voyons luire depuis 1940 ».

L'étude approfondie des deux textes a permis à Piobb d'affirmer qu'ils sont beaucoup plus anciens qu'on ne le suppose. Mais il n'a pas voulu indiquer les raisons qui en ont motivé l'établissement dans des temps reculés, pas plus qu'il n'a laissé soupçonner quels pouvaient entre les auteurs réels.

Hélas, la mort a empêché Piobb de dire son dernier mot : il a emporté son secret dans la tombe.

On a prétendu qu'il était responsable de la mort du mage Papus par emploi de la magie noire, ce serait même un des derniers exemples enregistrés de la conjuration efficiente. Plus mystérieuse est la disparition quasi-complète de ses manuscrits qui paraît liée aux querelles des fidèles du Martinisme.

Certains de ses ouvrages semblent avoir été sauvés, et conservés dans le plus grand des secrets par ces compères. Par la suite, les ouvrages non-publiés de Piobb ont servit pour des enseignements donnés exclusivement dans des cercles fermés. On sait que certains de ces ouvrages « manuscrits » sont en possession du théurge Matteo Sarastro.

Photo Charles Antoni

Pierre Vincenti Piobb

La Haute Science et son mystère
P. -V. Piobb

Il s'agit d'ésotérisme - probablement une doctrine et peut-être un savoir; en tout cas un mélange, assez confus, d'idées et de préceptes, manifestement bizarres, remarquablement insolites, sans utilité évidente, mais non pas sans intérêt captivant. Beaucoup d'auteurs - dont certains demeurent célèbres - en ont, jadis, abondamment écrit.

On suppose, alors, un ensemble de procédés ou d'usages, transmis depuis la plus haute antiquité par des générations successives de penseurs pour définir et appliquer certains principes fondamentaux qui ont, sans doute, leurs raisons. Mais quelle en est la valeur? Et comment ont-ils pû être transmis?

Dans les ténèbres où s'effectuent les recherches, on a, souvent, le sentiment intime que d'autres - en des temps imprécis - ont dû connaître ce qui échappe.

Plus de cinquante ans ont passé de labeur acharné pour défricher ce terrain, légué par une ancestralité que les uns déclarent naïve et les autres imaginent subtile et l'on n'est guère plus avancé qu'au début lorsque l'attrait de l'inconnu poussa à l'exploration des Sciences Secrètes.

Actuellement la Magie demeure mal comprise et l'Alchimie peu étudiée. L'Astrologie, par contre, semble avoir assez passionné, pour prendre un aspect plus cohérent. Quant à la Mythologie, elle reste toujours impénétrable; et pour ce qui concerne le Symbolisme, il n'y a que des conjectures. Nul ne relève plus de deux ou trois Sciences Secrètes - et pourtant elles sont au nombre de cinq.

Or, comment s'y prend-on pour aborder ce domaine intellectuel qui présente ainsi cinq faces?

J'ai inventé à ce propos une petite histoire, que je raconte souvent. Elle me paraît dépeindre assez bien la façon dont on se conduit à l'égard des Sciences Secrètes - quelle que soit sa propre tournure d'esprit.

C'est une sorte de conte dans le genre de ceux qui se voient en les anciens écrits.

Sur la grand'route, très large, très plate, où passe la foule des humains, - dans la hâte de courir après ces trois buts de tous les efforts en ce monde, l'Amour, l'Honneur ou l'Argent, - se trouve greffé, mais assez peu apparent, un minuscule sentier. La plupart des hommes, trop préoccupés de poursuivre leur rêve, ne s'en inquiètent pas; seuls quelques perspicaces, prédestinés sans doute, s'arrêtent pour le considérer. Ils se demandent d'abord où il peut bien conduire. C'est un chemin détourné, bordé de roses odorantes, qui s'engage par une pente douce sous une haute futaie. Il semble facile et il offre un biais engageant. Par là on s'éloigne de la tourbe bousculante qui déferle en hurlant sur la grande voie; par là on est assurément à l'ombre, néanmoins dans le calme et probablement dans la satisfaction intime. Qui sait? Par là, peut-être, découvrira-t-on un trésor?

On prend cette voie oblique. Avec un peu de curiosité, avec un peu d'émoi, - attiré par le parfum des fleurs, par la fraîcheur du feuillage, par le charme de l'ignoré.

On s'avance pas à pas, timidement d'abord, sans peine, cependant. On goûte l'agrément de la promenade; on butine de ci de là des ramures; on cueille des bouquets. Puis la montée survenant, il faut accomplir quelques efforts. Insensiblement cependant la rocaille devient escarpée. On marche malaisément. Les ronces obstruent le chemin, égratignant quand on les écarte. Les blocs se dressent en obstacles farouches; il faut une certaine vigueur ingénieuse pour parvenir à les dépasser. Et la forêt sournoisement, mais implacablement s'accumule autour de soi, dense, touffue, enchevêtrée, alourdissant d'ombres tenaces une voie presque invisible dans le silence irrémédiable, - labyrinthe inextricable et angoissant - la forêt du Dante!

On se sent seul dans le mystère obscur; on s'égare maintes fois; on risque de se perdre.

Soudain, à travers la futaie et du haut d'un plateau, la vue s'élargit sur un horizon imprécisément vaste, lumineusement ensoleillé, éperdument somptueux.

On aperçoit dans les étonnements du lointain une construction immense, splendide de proportions, éblouissante d'ornements : un temple fantastique - le « Temple », sans aucun doute, celui dont on parle souvent, dont on rêve parfois et qu'on ne savait pas qu'il pouvait exister! Voilà où conduit le chemin dans lequel rares sont ceux qui osent s'aventurer et plus rares encore ceux qui ont l'audace de le parcourir en entier.

Mais devant cette vision fascinante la fatigue disparaît On oublie ses déboires; on délaisse ses incertitudes. On n'aspire plus qu'à atteindre cet édifice fabuleux - impressionnante merveille. On a la claire intuition que là réside un trésor ! Et si, à de certains moments, lorsque sur le sentier, des doutes envahissaient l'âme et que perçait le regret de s'être écarté de la route commune, maintenant, en face de ce déploiement de somptuosité, on a la conviction nette de pouvoir parvenir à bien mieux que par toute autre voie.

Il y avait donc, au monde, un but plus beau que l'Amour, plus précieux que les Honneurs, plus important que l'Argent? - Certes, il y avait aussi la Science, ce suprême savoir dont personne, par ailleurs sur la grand'­route de la vie ordinaire, ne semblait se faire la moindre idée.

Et ce Temple surprenant est celui de la Haute-Science imprévisible complément de toutes les sciences. La "Tradition" le disait bien...

On repart avec courage, - avec enthousiasme même...

Laissons ce qui se passe désormais. Le sentier dévale brusquement des pentes abruptes et glissantes parmi des broussailles dangereusement hérissées, côtoie des précipices effroyables où mugissent des torrents impétueux. La forêt se resserre et s'assombrit, atrocement embuée, cruellement pestilente. On hésite, on bute, on tombe, on se blesse voyant mal où poser ses pas. Le vertige saisit devant les profondeurs insondables; l'ivresse accapare dans cette atmosphère densément emplie de senteurs troublantes. Mais on se cramponne à ce qui reste de raison, on rassemble toutes ses énergies, toutes ses volontés, et l'on poursuit peu à peu, à tâtons dans le sein des ténèbres, malgré les déceptions, malgré les égarements. Car l'on conserve dans le fond du cœur, indélébile et inaltérable, la magnificence de cette vision subitement aperçue du haut du plateau. Le Temple des splendeurs a trop ébloui - par la fantasmagorie de ses murailles, dont les tours massives montaient jusqu'au ciel, et, dont les flèches graciles perçaient la voûte de l'infini. C'était un tel défi aux imaginations les plus hardiment échevelées que, pour rien au monde, - quels que soient les sacrifices, quels que soient les périls - on n'abandonnerait!

Il y a, là, la réalisation de l'inconcevable, la matérialisation de l'inespéré!

À tout prix il faut atteindre cet idéal.

On a reconnu des portes dans l'édifice qu'on a admiré: les unes sur la façade, les autres latérales. Puisque la Haute-Science n'est pas un rêve, il y a donc des moyens d'y accéder, - reste à distinguer combien ils sont et ce qu'ils valent.

En fait il y a cinq portes : deux sur la façade, l'une pour le Symbolisme, l'autre pour la Mythologie - deux sur les côtés, pour la Magie et pour l'Astrologie - enfin en arrière se trouve celle de l'Alchimie.

Mais quand on arrive sur l'esplanade, devant le Temple, les deux portes qui s'offrent de face, sont bien attrayantes, bien séductrices. On en subit aussitôt l'enchantement.

Celle du Symbolisme, avenante et tentatrice, déploie une ornementation débordante. La foule des figurations compliquées s'enchevêtre en une kaléidoscopie étincelante et multiple qui trouble et éblouit. On se précipite hardiment pour l'ouvrir. Hélas! C'est une porte fallacieuse : elle n'a aucune serrure, aucun ventail. Inutile d'insister; on perd son temps : c'est un trompe-l'œil. Il faut se contenter de la trouver admirable, de la décrire, de la raconter – pas plus.

La porte de la Mythologie se remarque comme agrémentée aussi, mais différemment on y voit une profusion d'images, poétiquement combinées, harmonieusement présentées. Elle incite à la rêverie. Il y a un loquet; on n'a qu'à le soulever et le vantail vient à soi. L'entrée est donc facile. Pure illusion! La porte donne sur un espace restreint, rigoureusement enserré entre des parois simples, dénuées d'ouvertures. On n'entre pas davantage; mais devant soi existe un miroir qui - chose curieuse - reproduit les scènes de la grand'route que depuis longtemps on a délaissée !

La Mythologie procure ainsi l'impression d'être le reflet des rêveries fantaisistes du populaire qui déferle à la poursuite des vanités de ce monde. Et le seuil qu'on franchit de la sorte ne permet d'accéder qu'à ce réduit étriqué. Par là aussi il y a tromperie; par là également on ne pénètre pas dans le Temple.

La Magie est bien tentante alors. La porte s'en ouvre sur le côté gauche de l'édifice - le côté « sinistre », dira-t-on, celui vers lequel on se trouve entraîné, malgré soi, quand se subissent inconsciemment les attirances des cho­ses. C'est une clôture bien solide, faite d'un métal, ancien, corrodé par toutes les tentatives de le transpercer. En son entour grimacent d'invraisemblables figures hideuses, d'étranges signes abracadabrants. Il y a un cadenas, épais, résistant, On ne le manœuvre qu'à l'aide d'une combinai­son de lettres - et de lettres mystérieuses, bizarres, compréhensibles -. Néanmoins en faisant fortement attention, en réfléchissant beaucoup, en cherchant avec patience, on peut arriver à découvrir un mot utilisable. On l'essaie, tout en se disant qu'il faudrait peut-être aussi avoir une clef; mais tandis qu'on appuie sur les crochets, qu'on pousse en tout sens et qu'on s'efforce d'ouvrir, soudain violemment la porte se rabat vers l'extérieur!

Rien n'est plus dangereux. Un ressort puissant actionne le vantail et, si l'on n'y prend garde, celui-ci se tourne avec une rapidité extrême contre l'imprudent qui a forcé la serrure sans précautions.

Combien a-t-on vu de gens qui, voulant pénétrer dans le Temple par la Magie, ont été victimes de leur audace! Combien ont été frappés, dans leur corps, dans leur esprit et sont tombés dans le malheur, sont devenus déments, sont morts aussi !

Mais, puisqu'il y a péril et que l'on est averti par trop d'exemples, on passe sans s'arrêter, on contourne l'édifice et l'on va par derrière. Là une quatrième entrée existe celle de l'Alchimie.

C'est une porte vermoulue, qui semble branlante, aux ais mal joints, déformés, revêtus d'une poussière épaisse. Il n'y a guère de décoration, à peine quelques traces d'inscriptions à demi effacées. Une serrure se voit, rouillée, délabrée. On doit la polir, l'huiler, la remettre en état.

Cependant il faut toujours une clef. Où est-elle ? On la cherche laborieusement, soigneusement. Elle doit être quelque part – à moins que quelqu'un ne l'ait jadis emportée. Mais si elle est simplement égarée, on devrait, avec quelque méthode, probablement la découvrir. On la trouve parfois non loin de la porte, dans un coin, sous des décombres. On la nettoie, on la restaure. On l'introduit dans la serrure ; celle-ci grince et résiste. Enfin, la clef tourne, le pène se retire de la gâche. Mais il est nécessaire ensuite de forcer le vantait, car les gonds de la porte sont durcis par le temps. Cependant, un entrebâillement s'offre et l'on parvient à se glisser dans l'intérieur, avec beaucoup de difficultés, en se blessant, en se déchirant.

Par l'Alchimie on pénètre dans le Temple – assez mal et sans aller bien loin à cause de tous les détritus qui s'accumulent devant soi et dans lesquels on s'enlise.

On entre bien mieux et avec plus de facilité par l'Astrologie. Cette porte est restaurée : elle en paraît neuve, elle est séduisante, agrémentée de signes compréhensibles. En tout cas, la clef se trouve dans la serrure ; il n'y a qu'à la tourner. Ainsi se conduisent, de nos jours, la plupart des chercheurs.

C'est bien ça – n'est-ce pas ? – ce qui se passe quand on prend le chemin de l'ésotérisme.

C'est bien de la sorte – avouez-le – que chacun se comporte à l'égard des Sciences Secrètes, tant d'une façon académique que d'une façon occultiste.

Les uns ne font que décrire le Symbolisme, se bornant à comparer les figures après les avoir décrites d'un ton à la fois admiratif et méprisant, accompagné de quelques considérations péremptoires. Leurs congénères, dans un désir de dépasser en largeur de vues ce qu'on racontait aux « demoiselles » du XVIIe siècle en fait de Mythologie, rapportent de leurs villégiatures touristiques à travers les océans, des rameaux » cueillis au hasard des escales dont ils veulent faire de l'or et dont ils sont les premiers dupés. Ils reniflent ainsi le relent des imaginations qu'ils déclarent primitives parce qu'elles ne concordent pas avec leurs habitudes de civilisés. Ils y joignent quelques bribes desséchées d'une Magie dont l'intérêt ne se voit jamais à bord des paquebots. Ce sont tous des savants – du moins on les consacre tels.

Aucun d'eux, cependant, ne fouille dans le tas des vieilleries alchimiques. I1 leur faudrait, pour cela, connaître au moins la chimie. Mais quand dans certains laboratoires on découvre quelque aperçu parmi les jargons indescriptibles des anciens auteurs et qu'on a, ainsi, des lueurs sur l'inconnu de ses recherches, on se garde bien de le raconter et on passe pour un génie!

L'Astrologie, cependant, on l'abandonne aux rêveurs et aux diseurs de bonne aventure. Si les astronomes y mettent leur nez – et bien exceptionnels sont ceux qui échappent à la tentation! – nul n'en souffle mot, afin de conserver son prestige.

Les autres, alors se disent occultistes et ils se lancent dans ce qu'ils entrevoient de bien caché par des générations soigneuses de l'intégrité de leurs conceptions.

Ils grattent éperdument à la porte du Symbolisme espérant toujours qu'elle consentira à s'ouvrir. Or, ils n'ont même pas trouvé la serrure! Aucun n'a songé que cette porte n'était peut-être qu'un artifice.

Ils respectent la Mythologie, trop de divinités y fourmillent. Mais après tout, elle ne conduit à rien : c'est trop visible; et pas un occultiste - en cela avec raison - ne verserait dans les erreurs du tourisme académique.

On en connaît néanmoins qui se butent à la porte de la Magie; ils refont du Symbolisme, divaguant en surabondance.

On trouve alors plus sérieux de se livrer à l'Astrologie. Au moins là, il y a des certitudes, - en somme celles que fournissent les éphémérides -. On aboutit volontiers de la sorte à une « Astrologie Scientifique ». Elle a son attrait et aussi sa valeur.

Or, trois de ces Sciences Secrètes – Magie, Alchimie, Astrologie – constituent les seules entrées par où l'on pénètre dans ce Temple qu'on vient de voir.

Chacune ouvre sur une galerie de l'édifice...

Mais celui-ci est d'une bien singulière construction.

Quelle que soit la galerie que l'on prenne - quelle que soit donc la voie que l'on suive - on aboutit toujours au même point.

On arrive en une Salle Centrale qui est hexagonale alors que l'extérieur du monument a la forme d'un pentagone. En face de la Galerie de la Magie, se présentera celle de la Mythologie et devant la Galerie de l'Astrologie se trouvera celle du Symbolisme. Certes, il faut quelque réflexion pour s'en apercevoir, car ces galeries supplémentaires sont assez dissimulées; cependant ce n'est pas trop difficile de les découvrir.

Inutile néanmoins de chercher par là une sortie. Les galeries du Symbolisme et de la Mythologie se terminent en cul-de-sac : ce sont des impasses. Il faut revenir sur ses pas.

On considère, donc, la sixième paroi de cette Salle Centrale. Elle se trouve vis-à-vis de la galerie de l'Alchimie. Elle est unie et lisse, totalement dépourvue d'ornements, de signes ou de repères. D'ailleurs, en ce local médian, on chercherait vainement quelque indication.

On n'explore jamais qu'imparfaitement ce Temple de la Haute Science. Assurément ce qu'on aura pu apercevoir dans les cinq galeries, lorsque tous les compartiments en auront été visités, présente un caractère extrêmement important. Il en sera question tout à l'heure. Mais l'édifice semble immense et ce n'est là qu'une partie.

L'âme se trouve ainsi tentée, dans cette Salle Centrale, de se laisser envahir par une déception angoissante.

Pourquoi ne peut-on aller plus avant, dans les profondeurs de ce monument dont on a fait son idéal?

Pourquoi y a-t-il encore tant de secrets alors que beaucoup d'autres, déjà si considérables, ont été connus?

Pourquoi, en cet hexagone du centre, une seule paroi ne présente-telle aucun passage?

Inutile de s'abandonner à la tristesse, ou de rêver devant un mur implacable ou encore de persister avec rage pour le transpercer.

Ce rempart demeure infranchissable...

Au-delà c'est le mystère, au-delà c'est la sauvegarde de l'Humanité.

C'est ce qu'on appelle le Grand Arcane! La Tradition en avait également parlé.

Mais - après tout - est-on jamais entré dans ce Tem­ple de la Haute-Science ?

Quand, par hasard, après tant de pénibles et courageux efforts quelqu'un est parvenu à contourner l'extérieur de cet édifice, qu'il a échoué devant toutes ses portes, ayant à peine ouvert celle de l'Astrologie sans s'avancer beaucoup plus que sur le seuil, il s'en retourne, un peu déconfit et la tête basse par le chemin de la forêt. Il se hâte de regagner la grand'route et de se mêler à la foule des humains. Il a bien raison : il faut être pratique dans la vie! Il convient de ne pas dédaigner les mœurs courantes.

Toutefois, parce qu'il a vu ce que la foule ignore, parce qu'il a souffert sur le sentier raboteux, qu'il a saigné sous la morsure des ronces, qu'il s'est grisé de vertige au bord des précipices, mais qu'il a respiré les effluves des roses, qu'il a entr'aperçu maintes choses étrangement séduisantes, il a le droit de se considérer, comme un peu différent de la masse qui se bouscule sur la grand'route. On lui voit prendre une attitude, - l'attitude souvent décrite par les poète & anciens du « Héros intrépide » qui est descendu aux Enfers – et on l'entend raconter indéfiniment ce qu'il imagine qu'il aurait dû voir!

Certains écoutent et croient. Peut-être prennent-ils cet homme – sincère, mais un peu rêveur –pour un véritable initié, peut-être ajoutent-ils foi à ses assertions, peut-être aussi le consacrent-ils chef d'école. Mais, même s'ils ne sont pas sceptiques, ils n'admettront jamais tous les semblants de vérité que dans la mesure où ceux-ci ne les gênent pas dans leur propre poursuite de l'Amour, des Honneurs, de l'Argent.

Lui-même, d'ailleurs, - car ce n'est qu'un homme comme les autres, - espère l'Amour, ne dédaigne pas les Honneurs et aime aussi l'Argent.

Au fond c'est un peu çà l’« occultisme » de la fin du XIXe siècle et des commencements du XXe, y compris cet après-guerre avec ses troubles sociaux et financiers que nous venons de traverser avant le bouleversement de 1940.

Mais si nous voulons, maintenant, non pas réparer un passé qui s'est écroulé, mais plutôt, à la suite de la fin d'un monde, en voir apparaître un meilleur, nous devons chercher à pénétrer dans ce Temple de la Haute-Science, véritable « Temple de la Sagesse ». Nous en tirerons certainement un profit. Car il y a toujours avantage à prendre conseil des ancêtres qui étaient des sages.

Il faut dire cependant que ces cinq portes ne sont pas les seules qu'il faille franchir.. Chaque galerie en a plusieurs autres, auxquelles la clef qui ouvre les portes du dehors ne s'applique pas.

La réside un des mystères de ce Temple : le principal artifice que présentent les Sciences Secrètes.

Il y a – une fois franchie la porte d'entrée de la Magie -, neuf autres portes à ouvrir ; et après avoir passé la première porte de l'Alchimie, quinze autres à forcer. On ne se doute guère ensuite qu'en pénétrant par l'Astrologie, il faut traverser quarante-cinqobstacles qui sont autant de portes, réparties en trois catégories de quinze chacune; - ce qui fait que l'Astrologie – sans le paraître - est cinq fois plus difficile à bien pénétrer que la Magie, et trois fois plus ardue à approfondir que l'Alchimie !

Pourtant ce semble le contraire.

Mais ce Temple de la Haute-Science est le plus trompeur des édifices!

On se demande parfois comment il se fait que ses secrets soient si bien gardés depuis l'antiquité la plus éloi­gnée, depuis des temps dont nul n'a conservé la mémoire. C'est simple : sa construction se trouve si habilement, si ingénieusement disposée, qu'elle se garde elle-même. Personne n'a besoin d'être là pour empêcher de passer. Aucun dragon du seuil n'est nécessaire. La difficulté de chaque obstacle suffit pour dégoûter - posivitivement - d'avoir sans cesse à faire de nouveaux efforts. Comme on ne sait pas combien il faut franchir d'obstacles - que rien n'indique le nombre d'efforts à faire - i1 arrive, à l'ordinaire, un moment où l'on se dit : à quoi bon aller plus loin?

Ainsi, à travers les siècles, les Sciences Secrètes conservent le fin fond de leurs mystères; ainsi toutes les traditions, qu'on leur suppose, ne sont que les expressions fallacieuses d'une impuissance à franchir tous les obstacles.

Or, voici qu'un homme, - lui aussi probablement prédestiné - qui a eu l'audace d'ouvrir toutes les portes d'entrée et qui, ensuite, a eu l'adresse de ne se laisser arrêter par aucun obstacle, un savant célèbre en son époque et encore respecté de nos jours, a légué à la postérité, la Clef Universelle des Sciences Secrètes, celle qui ouvre toutes les portes qu'on peut rencontrer, même la plus dissimulée.

Clef universelle

Cette Clef Universelle, - cadeau, précieux entre tous, fait à l'Humanité – est vraiment ce qu'on peut, en un sens, appeler la « Tradition ésotérique ».

Elle a, en effet, un caractère traditionnel, parce que si on l'a connue depuis toujours, depuis que certaines Sciences ont été déclarées secrètes, elle fut transmise verbalement de maître à disciple et non pas par écrit.

Elle est donc la Tradition - celle qu'on a cherchée, celle qu'on croit irrémédiablement perdue.

Elle contient des Vérités - celles qu'on voudrait tant connaître et qu'on s'imagine si difficilement accessibles.

Le monde – actuellement bouleversé – en gestation d'un avenir, que cette Clef, extraordinairement Universelle, ouvrira dans une splendeur qu'on ne peut encore imaginer, le monde où nous vivons, où nous allons vivre, pourra remercier du fond du cœur, avec loyale reconnaissance, Jean TRITHEME.

Source : "Clef universelle des Sciences Secrètes", P. -V. Piobb


BIBLIOGRAPHIE DE PIOBB

Œuvres principales...

- Formulaire de Haute Magie, 1907 (suivi de plusieurs éditions augmentées)
- Vénus, 1908
- Le Secret de Nostradamus, 1927
- Clef universelle des sciences secrètes, réédition 1976. (Traduction de Robert Fludd)
- Étude du macrocosme, tome 1 : Traité d'astrologie générale (De astrologia), trad. Pierre Piobb (1907), L'Harmattan, 2000.
- Étude du macrocosme, Traité de géomancie (De geomancia), trad. et notes Pierre Piobb (1947), Éditions d'aujourd'hui, 1979.

Autres Œuvres, en vrac...

- Clef universelle des sciences secrètes
- En Islande
- Faut-il user d'un vocable nouveau pour l'astrologie
- Formulaire de Haute-Magie
- L'année occultiste et psychique, 2e année (1908)
- L'année occultiste et psychique, première année (1907)
- L'astrologie dans l'apocalypse
- L'évolution de l'occultisme et la science d'aujourd'hui
- L'occultisme contemporain
- La civilisation est fonction du soleil
- La corrélation entre le déterminisme terrestre et le déterminisme humain
- La Corse d'aujourd'hui
- La géomancie des augures romains et des devins arabes
- La possibilité de fabriquer de l'or
- Le déboisement de la Corse
- Le nombre de souverains de la France
- Le paludisme en Corse
- Le secret de Nostradamus (éd. 1927)
- Le secret de Nostradamus (éd. 1945)
- Le sort de l'Europe d'après la célèbre prophétie des papes de Saint Malachie
- Le temple inconnu... où l'amour renaît
- Les anticipations de l'histoire selon les prophéties de Nostradamus
- Les collègues mystérieux du roi Sisowath
- Les sorties en astral
- Petit cours d'astrologie
- Réhabilitation des conceptions anciennes par la sciences d'aujourd'hui
- Traité d'astrologie (trad. du latin par P. Piobb)
- Traité de géomancie (trad. du latin par P. Piobb)
- Vénus : la déesse magique de la chair

Vous pouvez aussi consulter ces ouvrages :
(en cliquant sur les images)

« Le Secret de Nostradamus », P.V. Piobb
Ici :

« Les Sorties en Astral – Les Expériences de M. Pierre Piobb »
Ici : 

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